Le blog de Laurent GUERBY

samedi 27 juin 2009

data.gov vs data.gouv

Je cite Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat au Développement de l'économie numérique, dans une interview sur le magazine Challenges :

Vous avez évoqué l'idée d'un site centralisant toutes les statistiques administratives. La France va-t-elle copier le Data.gov mis en place par Obama ?

Le plan «administration numérique» sur lequel nous travaillons ne ressemblera pas au Data.gov. Le concept est en tout cas intéressant, puisqu'il s'agit de dire que l'administration n'est pas forcément la mieux placée pour utiliser ses propres données : elle peut mettre en ligne des informations, puis laisser se développer des applications. Il pourrait, par exemple, devenir possible de savoir, d'un clic sur son iPhone, le taux de criminalité du quartier où l'on veut acheter un logement ou les performances d'une clinique.

A son crédit elle a tout a fait saisi la différence de politique (au moins affichée, sans préjuger de ce qui va arriver en réalité), et ne parle que de la politique qu'elle ne va pas mener :).

  • D'un côté le gouvernement rend disponible les données brutes dont la collecte est payée par le contribuable a la disposition du contribuable, cela ne coute absolument rien au budget grace a l'internet (éventuellement en faisant appel au P2P) et au fait que ses données sont déja en numérique depuis des années. Et on laisse la société civile, particuliers et entreprises faire l'analyse et s'approprier le controle de la gouvernance, comme le mentionne la réponse. Cout budgétaire nul, impact positif maximum pour le contribuable et le débat démocratique.
  • De l'autre côté, on ne donne que des données filtrées, agrégées, partielles, contrôlées et qui miraculeusement vont coller avec l'actualité décidée par le gouvernement, le tout coutant fort cher en série de sites webs gadget et armée méxicaine en plus de la collecte. En gardant un privilège pour la presse de propagande qui reçoit ses données un peu à l'avance pour vérouiller la communication. Et sans intérêt pour le contribuable à moins de raffoller de discussions stériles par construction.

Pourtant quand une adminitration met quelques données en ligne même en France on a le sens des initiatives : un exemple avec les données de Bercy.

Bref, politique efficace et inefficace, que choisir en ces temps de contraintes budgétaires ?

Ajout 20090630 1050 : Quelques usages de data.gov, merci a Narvic pour le lien.

Ajout 20090701 1200 : Les administrations japonaises et USA mettent les données topographiques avec une résolution de 30 mètres et couvrant 99% de la planète en ligne gratuitement, visualisation et téléchargement. Des images impressionnantes. Voila comment servir l'intérêt général. Et pas des intérêts très particuliers comme l'IGN qui privatise les données payées par le contribuable français ... A noter que par défaut aux USA le contenu produit par des fonctionnaires dans le cadre de leur travail est fort logiquement placé dans le domaine public.

Un petit calcul sur les données :

Image Dimensions: 3601 x 3601

Total Number Tiles: 22,600

Tile Volume: ~25MB, 6.4 MB compressed

Scene Coverage: 1º x 1º tiles

Resolution: 1 arcsecond (30-m horizontal posting at equator)

Soit 150 gigaoctets compressés, soit 10 euros TTC de disque dur au prix actuel de 70 euros le disque de 1000 Go.

Ajout 20090706 1420 : Meilcour parle de la transparence et de l'accès aux données, je cite :

2. La révolution de Vivek Kundra est majeure, et de deux ordres. Premièrement, il considère que la donnée sur l’action publique est un bien public, qui doit être mis à sa disposition, de manière brute. Charge à la société de développer des applications pour les rendre lisibles. C’est le projet data.gov. Le gouvernement ne va pas arrêter totalement son spin politique, et ses conférences de presse, bien sûr, mais il offre au citoyen la donnée d’action brute et accessible. Il livre des sources ouvertes. C’est profondément subversif.

Ajout 20090706 1435 : Le détail des dépenses du gouvernement USA. Et un billet de 2002.

jeudi 4 juin 2009

Pascal Lamy, propriété intellectuelle et protectionnisme

Dans une interview, Pascal Lamy, directeur de l'OMC déclare :

Le chômage partiel constitue une défense pour les travailleurs face à la crise bien plus efficace que les mesures protectionnistes, a estimé jeudi le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy. "Le chômage partiel comme en Suisse protège beaucoup mieux les travailleurs que n'importe quelle mesure protectionniste", a expliqué M. Lamy dans un entretien au journal helvétique Le Temps. [...]

Bien sur Pascal Lamy oublie volontairement que la propriété intellectuelle est la forme la plus puissante de protectionnisme actuellement en vigueur, équivalent a des droits de douanes de plusieurs centaines de pourcent ou infinis, a comparer avec les quelques pourcents des mesures labellisées "protectionnistes" historiquement.

Et ce protectionnisme via la propriété intellectuelle peut aussi tuer, pas plus loin que dans notre chère Europe comme décrit dans Indian drug seizure by EU may force firms to change routes, je cite :

Frequent seizure of Indian drug consignments in Europe may force domestic pharmaceutical firms to avoid the European sea routes to destinations in Africa and Latin America, Commerce Secretary G K Pillai said.

Concerned over continuation of the “non-trade barriers” (seizure of drug consignments), Pillai said the Indian firms would have to avoid “European ports and take the goods through some other ports”.

The seizure of drug consignments by European authorities has gained momentum in recent times. In the past few months, four large Indian consignments destined to African countries were seized at European ports ostensibly on allegations of patent violations. [...]

L'Europe est sur la route commerciale logique entre l'Inde (et la Chine) vers l'Afrique et l'Amérique du Sud, la technique employée par les firmes pharmaceutiques occidentales est de porter plainte quand le bateau fait juste escale dans un port européen pour violation de brevet. Même si le médicament n'est pas couvert par un brevet ni dans le pays fabriquant ni dans le pays destinataire. Fantastique non ? Cela fait plaisir de voir comment l'administration européenne et ces firmes pharmaceutiques placent la vie des être humains en dessous de leur idéologie pour la propriété intellectuelle.

Health Action International (HAI) a recemment demandé au gouvernement néerlandais de publier des statistiques sur ces saisies, après quelques manoeuvres des statistiques partielles ont été diffusées, je cite un courriel sur ip-health il y a quelques heures :

FOI request Dutch Government: 17 seizures in Netherlands confirmed.

The Freedom of Information Act request (WOB verzoek) filed by Health Action International Europe to the Dutch government in April 3rd has led to the following:

After two notifications of delay in the FOI procedure, HAI finally received a response on the 7th of May. Most of the WOB for information on requests by right holders to customs and notifications of customs to right holders, plus further communications between both these interested parties has been rejected on the basis of commercial confidentiality/confidentiality obligations and 'competition sensitivity'.

The customs authority did give the following information:

There have been 17 seizures by the Dutch authorities in the year 2008 on the basis of EU regulation 1383/2008. Of these 16 came from Indian and one from China and were destined as follows:

Peru (x5) Colombia (x4) Ecuador (x2) Mexico (x2) Portugal (x1) Spain (x1) Brazil (x1) Nigeria (x1)

Type of medicine: cardio logical medicines (together 100.000 pills and 1850 kg) (x8) lifestyle medicines (together 400kg) (x5) aidsstoppers (together 30.000 pills and 24 kg) (x2) medicines for dementia (94.000 pills) (x1) medicines against schizophrenia (500.000 pills) (x1)

Action:

6 assumed permission (permission to destroy, means generic manufacturer did not react to letter by right holder) 4 No action 2 Declaration of distance / waiver 1 sequestration 1 amicable settlement 1 still on 1 summons by proprietor 1 no reaction by proprietor

The amount of ongoing requests by rights holders for vigilance by customs is 48. Per request one or more (sometime dozens) of medicines can be listed.

Unfortunately the 3 page response is in Dutch only; it will be posted on our website shortly.

Sophie Bloemen / European Project Officer / Health Action International (HAI) Europe

On peut donc voir que le protectionnisme en version extrême (destruction de médicaments efficaces pour soigner des patients !) est à l'oeuvre en Europe, simplement appliqué la ou il est sans doute le plus improductif économiquement.

Quelques billets à lire ou à relire :

Ajout 20090605 1459 : lire Swedish Pirate Party Set To Win Seats In EU Elections , je cite :

[...] The Pirate Party does not directly have any programme related to IP and developing countries, but it says its aim of doing away with the patent system, especially on pharmaceutical products, “would save many, many lives.”

Engström said the industry is “unbelievably immoral” when it does not allow developing countries that can afford to produce the medicines themselves do so. He also said that a reform is needed as more than 80 percent of European pharmaceutical companies’ income comes from the state. He said this is a waste of taxpayers’ money as the state gets little in return. [...]

Ajout 20090621 0103 : Dans la série la propriété intellectuelle tue, un professeur de Stanford qui offre gratuitement un logiciel d'aide au traitement des malades du SIDA est attaqué en justice par un laboratoire qui reçoit des financements de l'union européenne pour violation de brevet, a lire :

vendredi 15 mai 2009

Blogs et médias

Jules de Diner's Room (tout juste déménagé) publie en plusieurs billets un entretien avec Julien Dray, je vous encourage a le lire.

C'est très interessant car cet homme politique a clairement choisi de s'expliquer en passant par un blog et non par les médias classiques, une tendance à suivre ?

jeudi 14 mai 2009

Inflation et ajustement qualité

L'indice des prix a la consommation, dont la croissance est plus connue sous le nom d'inflation, n'est pas une simple aggrégation de prix de produit. En effet les économistes de l'INSEE évaluent aussi le changement de qualité subjectif d'un produit et corrigent les prix relevés en conséquence. Entre décembre 2002 et décembre 2003 cette étude (PDF) nous apprend que l'inflation hors ajustement qualité etait de 2.5% et se réduit a 2.2% avec les ajustements qualité. Par exemple le prix des micro-ordinateur a baissé de 7.6% mais avec l'ajustement qualité cette baisse s'élève a 15% dans l'indice publié.

Le 14 mars 2009 mon député, Philippe Folliot (Nouveau Centre) publie un article dans un journal local sur l'inflation. Je lui ai envoyé un courriel pour lui faire part de la possibilité d'une transparence et efficacité accrue de l'INSEE sur le sujet et il m'a proposé un rendez-vous le 6 avril. Après discussion il s'est proposé d'écrire une question au gouvernement qui a maintenant été publiée :

Question au gouvernement numéro 48176 :

M. Philippe Folliot interroge M. le secrétaire d'État chargé de l'industrie et de la consommation sur l'élaboration et la diffusion de l'indice des prix à la consommation (IPC) réalisé par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En effet, l'IPC qui est une moyenne des indices élémentaires des prix de 1 000 familles de produits suivis tous les mois est produit par l'Insee. Cet indice est d'une utilité cruciale pour la défense des intérêts des consommateurs. Aussi, à l'heure du développement d'Internet et des comparateurs de prix, l'utilisation de cet indicateur s'avère de plus en plus nécessaire. Afin de respecter l'évolution des paniers de biens, l'Insee fait régulièrement des ajustements qualité sur l'IPC. Or le détail de ces ajustements qualité ne fait pas l'objet d'une publication officielle ce qui rendrait pourtant plus transparente aux yeux des consommateurs la méthode d'élaboration de l'IPC. C'est pourquoi il lui demande que les services de son ministère fassent la lumière sur cette carence.

Il m'a bien dit ne pas attendre de réponse rapide ni de révolution mais c'est toujours une bonne chose de faite.

Merci à Philippe Folliot.

J'ai aussi contacté deux députés du Parti Socialiste, parti dont je suis membre, mais sans réponse à ce jour. La transparence sur le calcul de l'inflation serait pourtant un bon point sur un programme politique.

mardi 12 mai 2009

Statistiques, OGM et transparence

Le Monde rapporte les propos sur les OGM du mathématicien Marc LAVIELLE sur la fiabilité des statistiques utilisées pour juger les effets des OGM :

[...] Autre point de crispation : l'accès aux données expérimentales. Celles-ci sont tenues secrètes par les firmes agrochimiques qui financent et commanditent les études. C'est ainsi une action de Greenpeace devant une juridiction allemande qui avait permis la "réanalyse" des effets présumés du MON863. "La publicité des données est absolument nécessaire, explique M. Lavielle. A défaut, c'est un peu comme si on attribuait le prix Goncourt à un livre en ayant seulement eu accès à sa quatrième de couverture..." [...]

Lire aussi sur Les Echos :

[...] Ce débat autour des OGM déclenche des passions et des inquiétudes dans l'opinion. Au-delà des questions purement scientifiques que soulèvent les OGM, il y a un problème de société, et le citoyen est en droit d'attendre un discours cohérent, même semé d'interrogations, de la part de la communauté scientifique. Il est indispensable aujourd'hui que ces études soient faites dans la plus grande transparence, que l'ensemble de la communauté scientifique puisse y avoir accès et surtout soit en mesure de valider les résultats présentés. C'est notre rôle et notre devoir de scientifique citoyen de porter le même regard critique sur l'ensemble des études portant sur les OGM, sans pour autant être traités d'obscurantistes par certains, sans être accusés d'être à la solde de Monsanto par d'autres. Une analyse statistique bien menée ne sera jamais contestée !

Et les documents sur le site du chercheur (surtout "Clause de sauvegarde sur le MON 810 : un petit résumé de l’histoire en images").

A méditer dans le cadre du calcul de l'inflation ou les économistes se mettent au niveau des firmes agroalimentaires sur des données économiques pourtant fondamentales pour les décisions politiques, et qui seraient de plus très utiles aux citoyens qui les financent.

Marc Lavielle, un expert dans le bon sens du terme ?

lundi 11 mai 2009

Expert et profane

Sur Meilcour Nicolas Vanbremeersch commente sur l'"internetophobie" d'Alain Finkielkraut et il conclut :

[...] Il faudrait que le politique apprenne à renouer un processus de délibération, et de formation de sa décision où, oui, l’on écoute chacun, mais on ne perde pas pour autant le rapport à la vérité…Cela ne signifie pas revenir à la décision technocratique, fondée sur l’expertise, ou à l’opposer à la décision populaire, mais à trouver le mode hybride de formation de la décision politique, où la science et l’expertise viennent se confronter à l’opinion, et à la diversité des approches, pour s’en nourrir. Dans de nombreux processus participatifs, malheureusement, on en est loin, de même que dans de nombreuses réformes, qui oublient au passage que l’écoute de la diversité des parties prenantes peut nourrir avec valeur la décision…

Une citation tirée du Nouvel Observateur du 29 avril 2009 par Guy Carcassonne :

[...] G. Carcassonne. - Les députés ont obtenu depuis quelques décennies des moyens non négligeables. Leurs devanciers étaient beaucoup moins bien lotis. Ils n'avaient pas d'assistant parlementaire, pas de bureau, pas de secrétaire, et pourtant il y avait de grands débats au Parlement.

[...] G. Carcassonne. - Le Parlement manque de profanes davantage que de spécialistes. Celui qui fait progresser les discussions, c'est le député de terrain qui pose la question naïve grâce à laquelle on découvre une béance ou une horreur.

Les blogs rendent possible un dialogue direct entre l'expert et le profane et la question qui se pose selon moi est quels sont ceux parmis les experts qui sont vraiment prêt à répondre aux "questions naïves" du profane de manière loyale et sans manoeuvre dilatoire ?

Ceux qui accepteront de se prêter a cet exercice seront les experts de demain.

jeudi 23 avril 2009

Parlement européen et propriété intellectuelle

Le site numérama titre "Le Parlement Européen prolonge les droits sur la musique à 70 ans" et en effet on peut lire sur le site de propagande du parlement européen :

[...] En adoptant à une large majorité, par 377 voix pour, 178 voix contre et 37 abstentions, les amendements de compromis proposés par le rapporteur Brian Crowley (UEN, IE) en accord avec les deux principaux groupes du Parlement, PSE et PPE-DE, le Parlement a modifié la proposition initiale de la Commission dans le but d'étendre à 70 ans la protection des droits des interprètes de compositions musicales. Pour rappel, les auteurs compositeurs bénéficient déjà d'une protection de leurs droits d'auteur d'une durée de 70 ans.



A noter que la Commission européenne souhaitait étendre la protection des droits des interprètes à 95 ans. La proposition telle qu'amendée par le PE doit encore être validée par le Conseil des Ministres de l'UE pour pouvoir entrer en vigueur. Toutefois le rapporteur a précisé que la décision du Parlement d'opter pour une durée de 70 ans de protection des droits prend en compte les résistances du Conseil et devrait faciliter un accord avec les gouvernements nationaux. [...]

On part de 50 ans, les majors demandent 95 ans on donne 70 ans, c'est beau le "compromis". Le citoyen européen appreciera.

Une citation pertinente de Victor Hugo sur l'équilibre entre le public et les auteurs :

Le livre, comme livre, appartient à l'auteur, mais comme pensée, il appartient - le mot n'est pas trop vaste - au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l'un des deux droits, le droit de l'écrivain et le droit de l'esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l'écrivain, car l'intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous.

Pour référence lire le texte voté dans le cadre de la codécision en première lecture, modification de la directive 2006/116/CE, COM(2008)0464 – C6-0281/2008 – 2008/0157(COD) ici, si le conseil approuve cette modification elle aura force de loi dans toute l'union européenne.

Wikipedia liste 12 directives européennes sur la propriété intellectuelles ces dernières années et la liste n'est surement pas complète.

Ceux qui encensent bien rapidement le parlement européen face aux parlements nationaux oublient que les lois sur la propriété intellectuelle discutées en France depuis des années trouvent leur source dans les instances européennes et/ou a travers des accords négociés dans la plus grande opacité.

mardi 31 mars 2009

Vote électronique et égalité

Le 3 mars 2009 la cour constitutionnelle fédérale allemande a jugé que la loi actuelle autorisant les machines à voter était inconstitutionnelle, je cite le communiqué de presse officiel en anglais :

[...] The principle of the public nature of elections, which results from the fundamental decisions of constitutional law in favour of democracy, the republic and the rule of law prescribes that all essential steps of an election are subject to the possibility of public scrutiny unless other constitutional interests justify an exception. [...]

The voters themselves must be able to understand without detailed knowledge of computer technology whether their votes cast are recorded in an unadulterated manner as the basis of vote counting, or at any rate as the basis of a later recount. If the election result is determined through computer-controlled processing of the votes stored in an electronic memory, it is not sufficient if merely the result of the calculation process carried out in the voting machine can be taken note of by means of a summarising printout or an electronic display. [...]

Cette décision de bon sens fait suite a la plainte de simples particuliers.

Les Pays-Bas en 2007 sont aussi revenus au vote papier pour essentiellement les même raisons de simple bon sens, après quelques rapports bien documentés reçus par le gouvernement.

En France ... nous avons droit a un conseil constitutionnel visiblement très peu intéressé par la constitution et le fondement de la démocratie, j'écrivais en mai 2007 sur le communiqué de presse du conseil constitutionnel :

J'ai encore un peu de mal "priver le corps électoral de la surveillance des opérations" n'est pas clairement marqué comme inconstitutionnel. A quand le progrès ultime : un ordinateur au ministère de l'intérieur décide secrêtement du résultat de l'élection ? Qui pourrait douter de la sincérité et du dévouement de nos fonctionnaires ?

Le lien mis en oeuvre lors du vote papier n'est en rien symbolique : il est le fondement de la légitimité du résultat du vote. En cela le conseil constitutionnel se trompe toujours dans une opposition livresque des anciens et des modernes, sachant de plus que les anciens ici sont constitués de ceux qui pratiquent quotidiennement à la pointe du progrès dans le secteur considéré. Et que certains de ces mêmes acharnés valident le fonctionnement du vote électronique traçable, comme par exemple mis en place au vénézuela. Il ne s'agit donc en aucun cas d'une opposition à la modernité comme le prétends ici le conseil constitutionnel.

Sur un détail de langage, l'article 3 de la constitution française dit :

Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret.

Alors que le conseil constitutionnel annule une élection papier pour le simple motif que l'urne n'est pas transparente. Y-a-t'il égalité entre les votants qui peuvent controler le déroulement d'une election papier et ceux qui sont privés de ce droit ?

Bref, le sujet ne manquera pas de resurgir aux élections européennes de 2009. Si quelqu'un connait un moyen d'atteindre le conseil constitutionnel sur le sujet ? Un lettre recommandée A/R ?

Mes billets :

A lire aussi :

Ajout 20090412 1433 : Une cour finlandaise a finalement annulé une élection basée sur un vote electronique et ou 2% des votes se sont "perdus".

Ajout 20090503 2134 : via Benoit Sibaud de l'APRIL quelques nouvelles :

mercredi 25 février 2009

Le débat stérile sur la mesure de l'inflation continue

Il y a plus de deux ans j'écrivais dans le billet Inflation et transparence :

Pour être utile et accessible au citoyen, les prix détaillés doivent être rendus disponibles, en France il n'y a aucune raison pour ne pas le faire. Il y aura bien sur toujours des polémiques, mais elles ne seront plus stériles par construction et chacun pourra choisir en connaissance de cause.

Le 4 février 2009 chez Comprendre l'actualité économique dans la même ligne :

C'est une question d'efficacité de la dépense publique, pas une question de confiance ou pas confiance (chacun est libre d'avoir une religion en France :).

Au passage, les tickets de caisse ça ne marche que si tu ne déménage jamais or en moyenne on déménage tous les 7 ans. Quels seront les prix de mon panier dans la nouvelle région ? Et si je change ? Comment cela a évolué ?

Le contribuable paie 100% des couts pour faire les relevés et pour évaluer la qualité des produits dans le temps, via le financement des salaires et dépenses de l'INSEE.

En sortie, il n'a rien d'utile et une grosse quantité de débats stériles. Et l'INSEE gaspille de l'argent a pondre des paniers plus inutiles les uns que les autres chaque fois que le sujet passe au 20h a la télé.

Comme je le montre dans mon billet il n'y a aucune raison de ne pas publier les données détaillées de l'INSEE (prix et qualité). Ca coutera moins cher que les multiples paniers et leur interface web, et cela rendra un énorme service aux contribuables dans leur vie.

Tout le monde y gagnera, et la qualité du débat public s'elevera de l'ornière profonde dans laquelle il reste actuellement.

Qu'en pensez vous ?

Pourquoi ne pas publier le détaillé ?

Et, sans surprise, le 22 février 2009 La Tribune titre "Nouvelle polémique autour des prix des produits de grande consommation " :

A la veille d'une réunion à Bercy sur des prix "trop élevés" dans les hypermarchés, l'Institut national de la consommation (INC) montre que sur les sites internet aussi, les étiquettes des produits de grande consommation flambent. [...]

Une étude réalisée il y a 12 mois par l'INC avait mis en exergue une flambée des prix des produits laitiers et céréaliers sur internet, qui avait suscité une polémique et incité le gouvernement à mettre en place un Observatoire des prix et des marges. Cependant, l'Observatoire se limite à publier les prix dans la grande distribution et reste silencieux sur les marges.

Bref, l'INSEE et l'INC, deux organismes a financement public, payent leurs employés chacun dans leur coin pour faire des relevés de prix, fabriquent des paniers ajustés on ne sait trop comment et publient des indices "divers". Le bénéfice pour le public ? Aucun. A part pour les amateurs de polémiques stériles par construction.

Il y a pourtant une solution simple, soucieuse a la fois de la dépense de l'argent public, des bénéfices qu'en tire ce même public et qui pourrait sans doute redorer le blason de l'INSEE : publier le détail des prix et des ajustements de qualité de l'INSEE. Un simple fichier zip sur un site web, cout marginal zéro et des informations utiles pour tous les contribuables français et un débat qui pourra au moins se baser sur des informations et pas sur des rumeurs ou non dits.

samedi 24 janvier 2009

L'inexorable ascension de la population sans emploi aux USA

En ces temps de crise la question se pose de savoir si cet épisode est pire que les précédents et certains utilisent les chiffres du chômage pour cela, or on peut être sans emploi mais pas chomeur, c'est a dire un inactif, et faire partie de ceux qui n'ont pas d'emploi mais qui - d'après l'administration - n'en cherchent pas.

Un homme agé entre 25 et 54 ans a en pratique peu d'excuses pour ne pas travailler : trop vieux pour les études, trop jeune pour la retraite. Et cela quel que soit l'époque ou le pays, un avantage de cette mesure. De plus ce groupe est le plus important numériquement dans les statistiques détaillées.

Un petit graphe pour illustrer la situation de cette population aux USA :

USA men aged 25 to 54

La courbe rose montre les sans emplois tout compris et se décompose en la courbe jaune qui est le pourcentage considéré comme chomeur par l'administration (attention ce n'est pas exactement le taux de chomage officiel car le dénomiteur est la population complète et pas la population dite active) plus la courbe bleue qui est le pourcentage d'inactif.

On ne peut que constater que le nombre d'inactif augmente inexorablement passant d'autour de 3% en 1948 a plus de 9% apres 2003. La part de chomeur elle oscille autour de sa moyenne sur la période a 4%. Le total des sans emploi se maintient en dessous des 8% jusqu'en 1974 et puis s'envole avec trois pics a 14% en 1982, 2003 et 2008 sans jamais redescendre en dessous des 8%.

Quelle est la situation de ces hommes de 25 a 54 ans qui en 2008 n'ont pas d'emploi et n'en cherchent pas, soit 8.7 millions de personnes ?

Le moins qu'on puisse dire c'est que ces chiffres, pourtant disponibles, n'interessent absolument pas les économistes : après de multiples requêtes auprés d'économistes blogueurs je suis rentré bredouille avec exactement zéro papier étudiant ce phénomène massif qui est pourtant probablement une clé de la compréhension du monde du travail après la deuxième guerre mondiale. Sachant qu'on ne manque pas d'articles et papiers sur les chomeurs, en particulier pour nous rabacher que la France est sclérosée et qu'il faut faire comme aux USA et UK pour "avoir moins de chomage".

La question reste ouverte, et l'expertise de mes lecteurs est bienvenue.

Un détail technique : la population de référence (le dénominateur) pour les chiffres que je cite est la Civilian Noninstitutionalized Population (62.2 millions d'hommes de 25 a 54 ans en 2008) qui en particulier ne compte pas les personnes en prison or 2.3 millions de personnes sont en prison aux USA en 2007 et les hommes représent plus de 90% de la population carcérale USA en 2005, il est donc probable qu'il faille ajouter 2 a 3% au chiffre des sans emploi et des inactifs pour arriver autour de 10 millions de personnes, avec la aussi une croissance historique forte.

Pour finir, si on ajoute le temps partiel un quart de cette population n'a pas d'emploi a plein temps en 2008.

Billets précédents sur ce thème :

Ajout 20090126 1208 : Le même article sur agoravox.

Ajout 20090126 1436 : Et sur le forum bulle immobilière.

Ajout 20090126 1715 : J'ai eu une réponse a ma question au BLS (merci !) sur les différentes mesures de la population, le détail mensuel par sexe, age et race est disponible ici. En novembre 2008 on a donc pour les hommes de 25 a 54 ans :

  • 62240877 en "Monthly Postcensal Civilian Noninstitutional Population"
  • 63756555 en "Monthly Postcensal Civilian Population"
  • 64375926 en "Monthly Postcensal Resident Population"
  • 64602209 en "Monthly Postcensal Resident Population plus Armed Forces overseas"

Sauf erreur d'interprétation la différence entre Civilian et Resident sont les forces armées actives stationnées aux USA soit 619 371 militaires, a l'étranger de 226 283 militaires. Et la différence entre la Civilian Noninstitutional et la Civilian est de 1 515 678 qui sont les personnes dans "nursing homes, prisons, jails, mental hospitals, and juvenile correctional facilities." dont je pense une grande majorité est en prison.

Ajout 20090128 2102 : Une version en anglais et étendue de cette analyse Fat Knowledge : The Misleading Nature of the Unemployment Statistic .

Ajout 20090218 2000 : Angry Bear reprends ces données, discussion en cours.

Comme noté sur divers blogs, j'ai finalement envoyé un courriel a 20 economistes blogueurs sur le sujet de ces données avec le graphe, le tableau, les sources et l'autorisation explicite de poster ces données et autre sans faire référence a mon blog, mon objectif étant de trouver une explication pas de faire de la publicité pour ce blog. Avant Angry Bear trois blogueurs m'ont répondu, Calculated Risk (remerciement), John Quiggin et James Hamilton me donnant en référence ce papier. Mon analyse est que ce papier n'explique pas le phénomène dans sa durée et son ampleur :

After a first reading and if I did not misinterpret, the paper looks at 1978-1998 period with 1984 as reference of a change in legislation and ends up with a numerically low effect: 0.5% on unemployment measure. Other factors are cited (like on my blog) but not analyzed quantitatively.



If you look at the 1948-2008 data as I did you'll notice quickly that 1960-1984 and 1984-2008 (to take an equal number of years on both side while retaining the maximum data) see the exact same increase in the inactive population, +3 points for the first period from 3% to 6% and then again +3 points from 6% to 9%, both in 24 years.



I of course don't have references on legislative changes related to disabilities on the 1960-1984 period, but the data above confirm that the 1984 change is very low impact, if not null on the big picture of the inactive population evolution.



If you know about other references on this topic, and/or if you could give more visibility to this data piece I'd be very grateful (as I said I'm not looking for a link to my blog so feel free to cite without link or attribution).



Thanks again for your time

J'espère que la discussion aménera des informations et analyses.