Je revisite ici le sujet abordé chez Diner's Room sous le titre Blog et journalisme.

Le deuxième paragraphe mentionne :

Concurrence d'une information sans prix qu'ils estiment, à tort ou à raison, en phase de démonétisation

et il me semble qu'il faut insister sur ces aspects capitalistiques.

Avant l'internet, sur le chemin d'une information vers une personne se dressent essentiellement des obstacles de nature financière :

  • sur du papier (journal, livre) il faut imprimer et transporter ;
  • via les ondes (télévision, radio, satellite) il faut réserver des espaces de fréquence et déployer une certaine technologie ;
  • enfin il faut que le destinataire connaisse la source, cela implique du marketing, essentiellement sur les médias précédents.

Au final, l'autorité de la presse ne peut s'établir qu'après une validation de son banquier, de ses investisseurs, et ne peut se maintenir qu'à la condition d'établir de solides ressources :

  • revenu de la publicité, c'est à dire ce que les grands groupes sont prêts à payer pour apparaître sur votre média
  • augmentations de capitals et opérations boursières, les actionnaires paient pour maintenir à flot le média
  • (optionnel) revenu venant des lecteurs

La publication d'information sur internet remets en cause fondamentalement ces barrières capitalistiques à l'entrée dans la sphère des médias.

Le capital a bien sur toujours un rôle à jouer, essentiellement via l'accès qu'il procure au marketing classique pour faire connaître son média [1].

Mais essentiellement, comme le prouvent régulièrement des personnes qui deviennent de véritables personalités médiatiques de la blogosphère, on observe que l'accès aux ressources financières n'est plus une condition nécessaire et donc tout acteur raisonnablement jouer. Nous avons affaire au sens économique à un saut de productivité du à la technologie qui redistribue les cartes du marché.

Les moteurs de recherches et sites agrégateurs d'information deviennent les outils qui aident à établir la hiérarchie, il est probable que la concurrence entre ces acteurs (le capital pour entrer sur ce marché précis reste relativement faible) maintiendra ce statut et que nous n'observerons pas un retour à une situation antérieure ou la légitimité ne peut exister et subsister sans capital.

Ce phénomène n'est bien sur pas limité au journalisme, dans le domaine de la science l'initiative Open Access en est aussi une autre illustration. L'histoire et l'actualité de ce mouvement est disponible sur le site de Peter Suber. La partie la plus visible est la Public Library Of Science (PLOS) qui à travers ses publications va petit à petit chasser sur les terres des revues scientifiques les plus prestigieuses, un petit détour par leur FAQ pour découvrir leur modèle.

Mise à jour 20060207 2304 : Bernard Salanié donne une autre illustration du phénomène à partir de ses expèriences personnelles

Notes

[1] Via Adblock vous pouvez vous protéger de la plupart des abus du marketing sur internet