Alice et Bob sont voisins et ont chacun leur jardin, ils savent chacun cultiver des tomates et des salades.

En une saison Alice sait produire dans son jardin 16 tomates ou 12 salades dans son jardin en allouant à chacune des cultures toute la surface du jardin, sinon elle produit à proportion, tandis que Bob sait produire 10 tomates ou 10 salades car il n'est pas très doué, il a une terre peu cultivable ou moins de terre, au choix du lecteur :).

Première saison, le chacun pour soit : Alice divise son jardin en deux parties égale pour cultiver salades et tomates, à la fin de la saison Alice aura 16*50%=8 tomates et 12*50%=6 salades. De son coté Bob mets 70% de sa surface en tomates, il aura 10*70%=7 tomates et 10*30%=3 salades. Soit une production totale combinée Alice+Bob de 8+7=15 tomates et 6+3=9 salades.

Deuxième saison : Alice décide de faire uniquement de la tomate, et Bob uniquement de la salade, cela va donc faire 16 tomates chez Alice et 10 salades chez Bob, soit un production totale combinée supérieure au cas précédant à la fois d'une tomate (16=15+1) et d'une salade (10=9+1). Alice et Bobs décident alors de s'échanger une partie de leur productions respectives au taux de 7 tomates pour 6 salades, Alice a donc 16-7=9 tomates et 0+6=6 salades, tandis que Bob a 0+7=7 tomates 10-6=4 salades.

Au final grace à la spécialisation et l'échange raisonné, Alice a gagné une tomate et Bob a gagné une salade. Cette réorganisation de la production est donc du gagnant-gagnant au total et pour chacun des participants. Pourtant au départ Bob fait moins bien qu'Alice à la fois en salade et en tomate.

Intéressant non ?

En fait ce petit exemple est une illustration de ce que les économistes appellent l'avantage comparatif, formulé en particulier par David Ricardo.

Pourquoi comparatif ? Parce qu'on peut montrer que ce jeu potentiellement gagnant-gagnant fonctionne quand il y a une différence du ratio de productivité, et c'était le cas ici car Alice sait produire 4 tomates pour trois salades, alors que Bob sait produire une tomate pour une salade.

Paul Krugman parle dans un article intitulé Ricardo's Difficult Idea du fait que ce petit raisonnement (qui date de 1817) est rarement connu ou apprécié à sa juste valeur, en particulier lors des discussions sur les bénéfices potentiels du commerce international ou nos deux voisins Alice et Bob deviennent des pays différents.

Bien sur il y a des complications, mentionnées par Krugman, et des limites mentionnées par l'article de wikipédia. Un des aspects non abordés sur wikipédia ou dans l'article Krugman est qu'un système totalement spécialisé est nécessairement moins tolérant aux risques, et les risques pris ont bien sur un prix, ce qui est une autre limite à prendre en compte.

Mais il faut bien garder en tête que l'échange n'est pas nécessairement un jeu à somme nulle économiquement parlant (ni culturellement d'ailleurs).