Par Michaël Goldberg :

Chère amie lectrice, cher ami lecteur,

Comme vous, peut-être, je suis membre de la SACEM. Comme vous, peut-être, c'est avec un mélange d'intérêt très vif et de grande inquiétude que j'ai vu prendre forme notre future loi sur le droit d'auteur dans l'économie numérique. Comme vous, sans doute, j'espérais voir naître une grande ambition : le renouveau de la culture et de son image.

[...] Combien de fois n'ai-je pas pu vérifier qu'un grand adepte des réseaux peer-to-peer est aussi un très grand consommateur de disques ! Ce qui pour moi soulève une question fondamentale : doit-on interdire à une personne qui atteint le maximum de sa capacité d'achat de partir à la pêche virtuelle sur les réseaux d'échange ? Puisque de toutes manières, cela ne changera matériellement pas d'un centime les revenus des auteurs... C'est même une question éthique de taille : est-ce inadmissible dans un modèle économique où l'on a droit à plus si et seulement si on a plus d'argent ?

[...] J'ai honte de voir à quoi se réduit aujourd'hui notre engagement d'artiste. Disparus les Hugo et les Zola contraints à l'exil, ou les compositeurs tombés en disgrâce pour trop d'indépendance d'esprit ? Je ne suis pas porté sur la contestation de principe ni sur l'idéal de l'artiste pauvre et digne. Cependant, je suis passablement écoeuré car je dois me rendre à l'évidence : l'engagement artistique nouvelle vague est bel et bien l'occasion donnée à quelques personnalités du show-biz, qui de poser en compagnie de certain ministre de l'intérieur qui m'inspire le bruit des bottes pour toute musique, qui encore de citer avec conviction l'exemple chinois en matière de censure de l'information. La Chine, un modèle tutélaire de respect des droits de l'homme et en particulier de la liberté d'expression... Mais j'imagine que l'artiste authentique ne se mêle pas de politique: il est au-dessus de cela.

[...] Aux Etats-Unis, le MPAA et le RIAA relancent une campagne de lobbying auprès de l'exécutif fédéral. L'objectif: porter à huit années de prison la peine encourue pour téléchargement illégal. Chez nous, c'est la peine appliquée pour un viol de mineur. Sur le site lestelechargements.com, on fait l'analogie entre les ravages provoqués par les nuages de sauterelles et les effets du téléchargement illégal. En Afrique, ces sauterelles condamnent des millions de gens à la famine, des gens qui n'ont peut-être jamais vu un ordinateur de leur vie.

L'atteinte à la propriété intellectuelle, plus grave que le crime, le meurtre ou la guerre ? C'est de l'ignominie, et je refuse de cautionner ce lavage de cerveau. Je n'aurai de cesse, dorénavant, de m'adresser à des éditeurs refusant les DRM. Je suis prêt à faire l'expérience de Jane Sibbery, la chanteuse qui propose ses morceaux en téléchargement gratuit ou payant, selon la bonne volonté de ses auditeurs. L'industrie du disque, en s'enferrant dans la voie qu'elle a choisie, mourra tôt ou tard, de toutes façons. A bon entendeur...

Joli tour du sujet, allez lire le billet complet. Via escape_l.