Un excellent billet de Koz sur le sujet de l'immigration, je cite :

Je n’aime pas cette question. Je n’aime vraiment pas cette question. Probablement parce qu’elle met en conflit chez moi trop de principes. Je ne peux pas oublier le visage de ce jeune africain en larmes après avoir été refoulé de Ceuta ou Melilla, “déposé” je ne sais où au Maroc et qui disait à la caméra en mots simples la douleur de ne pas être traité comme un homme.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que, si j’étais africain, je serais peut-être à sa place.

Impossible également de se dire catholique et de ne pas se sentir interpellé par “j’étais un étranger et vous m’avez accueuilli“. Avec ou sans papiers. [...]

À lire, et ne pas oublier les commentaires.

Sur ce qui est des régularisations, je suis pour mais il faut bien faire attention à le faire inconditionnellement car sinon cette mesure positive va être vécue négativement par tous, certains éléments de l'administration ayant beaucoup d'imagination mal placée sur le sujet. Et les criminels ? Ils seront probablement plus efficacement dissuadés, arrêtés et eventuellement punis en France ou transférés vers le pays ou ils ont commis des crimes que chez eux. Et ils reviendront de toutes façons si on les expulse.

Sur ce qui est de la politique de l'immigration, ce sont mes tendances libérales qui ressortent, pourquoi empêcherait-on les travailleurs de s'installer alors que tout le monde veut absolument la liberté pour les marchandises et les services avec tout plein de démonstrations économiques forcément vraies car l'économie est une science ?

Reste les scénarios exploités à outrance de l'immigrant profiteur de nos institutions sociales "j''arrive et hop le RMI merci" et de l'"invasion" de millions d'immigrants et la dilution de nos chères "valeurs".

Certains proposent une taxe à l'entrée. En général ce sont les mêmes qui nous rabachent que le protectionnisme c'est le mal absolu. Encore de l'idéologie mais passons. Cette taxe peut aider pour le deuxième scénario selon le mécanisme classique des prix, mais pas vraiment pour le premier, je dirai même que l'incitation joue dans le mauvais sens en privant d'un capital bien nécessaire l'arrivant.

Si on en croit les récits et que l'accumulation d'anecdotes devient des données, les arrivants actuels ont en général payé des réseaux mafieux des sommes non négligeables : les chiffres que j'ai vu étaient souvent au dela du millier d'euro ce qui m'apparait considérable compte tenu du pays de départ, et viennent dans leur très grande majorité pour travailler à tout prix pour aider leurs proches, pas vraiment profil du RMIste né.

Une possibilité alternative à la taxation est pour moi non pas de priver complétement l'arrivant du capital dont il dispose (taxe), mais simplement d'exiger un montant (ajusté par pays) et de le bloquer sur un compte spécial avec des règles de sortie précises, par défaut étalées dans le temps : un peu dans l'idée de l'épargne salariale, une épargne de l'arrivant (rémunérée comme il se doit). On doit pouvoir trouver un ensemble de règles pour encadrer le dispositf et inciter globalement dans le bon sens : possibilité de sortie pour fondation d'entreprise, garantie pour les loyers et emprunts, sortie anticipée aprés plusieurs années d'emploi, limitation du droit des préteurs étrangers à récupérer cet argent (pour éviter des abus et encourager les pays d'origine à ne pas laisser faire n'importe quoi), facilitation et anticipation du regroupement familial si tout se passe bien, et sans doutes d'autres mesures (je suis preneur :).

Une autre possibilité non exclusive et de faire une caisse des arrivants avec une cotisation ou un impot supplémentaire obligatoire, de durée limitée dans le temps, destiné à la solidarité entre les arrivants, par exemple aide au financement des RMIs eventuels, action sociales spéciales envers les arrivants (cours de langues, rattrapage scolaire pour les enfants agés, animation, financement de projet).

Des études mentionnent un impact négatif de l'immigration sur les salaires des "natifs" aux salaires faibles, dans le cas de la France je pense que le niveau du SMIC doit sérieusement jouer pour annuler cet effet (qui reste quand il existe temporaire si je me souviens bien de mes lectures de papier sur le sujet).

Il faut aussi garder à l'esprit que la "lutte" contre l'immigration clandestine (police, fonctionnaires, justice), les cotisations et impots non payés car les arrivants n'ont d'autre choix que de se soumettre au travail non déclaré, l'incitation au désespoir et à la haine de ces personnes, toutes ces choses coutent de l'argent à l'état, argent qui serait bien plus utilement dépensé ailleurs (infirmières, lutte contre la criminalité en col blanc, coopération internationale, etc...).

Un dernier effet d'une politique fermée est bien sur d'inciter ceux qui sont arrivés à rester car ils ont peur de ne pouvoir revenir. Pouvoir circuler librement est aussi une incitation au départ, c'est à dire d'apporter son capital humain dans son pays d'origine qui en général en manque cruellement.

Qu'en pensez-vous ?

Ajout 20060704 2246: un billet chez Angry Bear sur le sujet.

Ajout 20060710 1648: quelques calculs chez Dean Baker qui cite un très bon article du NYT.

AJout 20060711 1051: un article du Guardian cité chez New Economist

Ajout 20061123 2217 : posté sur Desir d'avenir débat La France et l'immigration, première partie et deuxième partie