Le blog de Laurent GUERBY

dimanche 19 novembre 2006

Inflation et transparence

Il y a quelques mois, je posais une question innocente sur le billet de Bernard Salanié intitulé Préservons l'indice des prix :

Je n'ai pas trouvé les relevés périodiques de prix et autres informations qui servent à l'INSEE pour calculer les indices, sont-ils disponibles ?

Plutot que de jouer au gentils économistes vs les méchant politiciens, cela me semblerait une solution simple : on compte sur le sérieux des fonctionnaires de l'INSEE sur la donnée brute, et on laisse le marché librement produire ces indices agrégés, la concurrence fera le reste.

Non ?

En facilitant la transparence cela aussi permettrai aux participants du marché du travail d'avoir plus d'information de qualité sur les différences géographiques et donc d'être plus efficace et augmenter la croissance.

Réponse de Bernard Salanié :

l'Insee ne publie pas les relevés de prix : ce serait une très forte incitation à la manipulation. Si les boulangers savaient où les relevés de référence sont faits, il leur serait facile de maintenir le prix de la baguette très bas et de paraître vertueux...et comme chacun sait, "It is not from the benevolence of the butcher, the brewer, or the baker, that we expect our dinner, but from their regard to their own interest. We address ourselves, not to their humanity but to their self-love, and never talk to them of our necessities but of their advantages." (The Wealth of Nations, Book I Chapter II)

Suite a mon insistance (voir les commentaires), Bernard Salanié écrit :

http://www.insee.fr/fr/indicateur/indic_cons/info_ipc.htm

Les statisticiens de l'Insee gardent confidentiels non seulement les relevés, mais également les 1000 variétés de leurs 200 groupes. Tous les statisticiens europeens font de meme, les americains aussi :

http://www.bls.gov/cpi/cpifaq.htm

Il y a d'excellentes raisons a cela ; qu'arrivera-t-il au prix des pains au chocolat (et notamment du pain au chocolat de M. Schmurgl a Redon) le jour ou l'Insee revelera qu'il suit ce prix---pure hypothese ? Il perdra toute credibilite et vous serez les premiers a vous plaindre que l'Insee fait n'importe quoi ! La transparence n'est pas toujours la meilleure strategie, lisez Tom Schelling :-)

Et un des commentateurs, Matthieu, rajoute :

Laurent Guerby, vous détournez sciemment ce que vous répond Bernard Salanié.

Les mesures de l'INSEE ne dépendent que très peu du prix d'un pain au chocolat :-) Il s'agit bien évidement de l'ensemble des éléments mesurés : si l'on sait de quels produits et quels endroits il s'agit, alors cette mesure sera faussée car les vendeurs "ciblés" auront un comportement non-normal.

exactement comme la polémique qu'il y avait eu au sujet du site quiestlemoinscher.com des magasins leclerc. L'impression d'opacité et de partialité venait du fait que l'on ne savait pas quels produits étaient testés, alors qu'il s'agissait d'une condition sine qua non. Cela dit, il y avait d'autres défauts. http://www.michel-edouard-leclerc.com/blog/m.e.l/archives/2006/05/_quiestlemoinsc_1.php

Donc résumons, les experts économistes français (et expatriés dans les meilleures universités USA) qui savent tout rétorquent au citoyen curieux son ignorance totale avec les arguments de l'autorité "scientifique". La routine quoi :).

Quelques mois plus tard, comme périodiquement (phénomène prédit par mon premier commentaire), les discussions sur la mesure de l'inflation repartent sur les blogs USA, je laisse mes commentaires habituels et finalement Max Sawicki dit assez honnêtement ne pas savoir pourquoi les relevés prix détaillés du Bureau of Labor Statistics (BLS) (l'équivalent INSEE aux USA pour ce domaine) ne sont pas publiés, et me conseille de demander au BLS car "c'est des gens sympas" :).

Après avoir consulté la FAQ du BLS sur le sujet de l'inflation, je contacte donc par courriel la personne référencée en précisant que je suis français vivant à Paris et pas économiste (courriel en anglais tout de même :). Réponse le lendemain matin (heure USA) par un économiste du BLS, suivi de quelques échanges supplémentaires dans la journée (7 courriels au total).

Conclusion des échanges :

  • Les enquêteurs du BLS montrent leur badge officiel au responsable du magasin avant de relever les prix. La raison étant que la loi aux USA permets aux responsables du magasin de mettre tout client dehors, et quelqu'un en train de relever les prix est une cible évidente.
  • Ils reviennent toujours prendre les prix sur les mêmes magasins périodiquement : le magasin est donc parfaitement au courant, et coopère d'ailleurs sérieusement d'après le BLS
  • Les données ne sont pas publiées car l'accord avec les responsables des magasins le prévoit, sinon pas de relevé de prix possible aux USA en l'état de la législation.

Je vous laisse comparer avec les raisons affichées par nos chers experts.

Encouragé, je tente l'expérience avec l'INSEE en demandant si par hasard ils n'ont pas les prix détaillés sur leur site, et si non pourquoi. Première réponse : non les prix détaillés ne sont pas publiés, j'insiste sur le pourquoi, la personne transmets à la division compétente qui me réponds une semaine plus tard que les prix relevés sont couverts par le secret statistique et validé par le CNIS. Après quelques recherches personnelles, je pense avoir trouvé le visa CNIS de l'enquiête prix, je demande si une décision du CNIS a été publiée, et si les données de plus de 30 ans sont rendues publiques (rendu possible par la loi).

Après un mois, pas de réponse a ma requête.

Et a ma connaissance en France on peut publier des prix relevés sans se présenter au responsable du magasin, donc les raisons USA ne sont pas valables, pas plus que les réserves méthodologiques comme on l'a vu.

En plus de déranger nos chers fonctionnaires de l'INSEE, j'ai profité du lien de Matthieu pour aller troller Michel-Edouard Leclerc sur son blog, ici :

J'avais caressé l'espoir que votre initiative sur le suivi des prix des produits rendent enfin public le détail des prix et produits et non un indice non pertinent de plus (avec discussions stériles sur l'honnêteté ou non des "résultats", impossibles à vérifier), mais malheureusement il n'y a pas eu de réponse ni en acte ni sur ce blog.

Encore un gadget "global" et inutile, un article de blog, deux articles dans les journaux ?

Bof.

Utilisez les moyens d'aujourd'hui, publiez vos données brutes, laissez la blogosphère en débattre et à chacun de se trouver son inflation et son pouvoir d'achat.

Et que parmi l'offre que le meilleur gagne vraiment (MEL ou les autres :).

Et la :

Ces polémiques inutiles sont bien sur entretenues par les différents acteurs en présence : pouvoirs publics, économistes et acteurs privés comme les centres Leclerc et les médias.

Elles passeront de stériles a constructives pour le citoyen-consommateur quand les données détaillées de prix des produits et services seront publiées à la place de tous ces indices inutiles.

Mais finalement ces trolls ont plus de succès (en toute modestie :) qu'avec les fonctionnaires car M.E.L. relance son site ce vendredi 17 novembre cette fois avec des prix détaillés, voir quiestlemoinscher.com.

Un petit script python plus loin, et voila quelques moulinettes amusantes. Le prix du panier unitaire des 30 produits les plus référencés sur les 140 magasins ou on peut le constituer vaut entre 58.96 (LECLERC NEUF CHATEAU - 88) euros et 67.20 euros (CARREFOUR GENNEVILLIERS - 92), soit +14%. 1536 produits dans 355 magasins répartis sur 86 départements, au total 414469 prix relevés entre le 2 et le 18 octobre 2006 et donc disponibles pour le public.

Bien sur les produits choisis ne sont sans doute pas innocents, c'est plutot des produits à faible prix (de 0.33 a 149.99 euros avec 94.8% des relevés en dessous de 10.00 euros, relevé médian a 2.10 euros) et ils sont tous "de marque" (sans doute dans une optique de comparaison moins "critiquable" que des produits marqués distributeur ou il faut comparer la qualité). J'espère qu'il y aura des mises à jour.

Contactez-moi si vous voulez les fichiers format tableur et/ou le script.

Tout cela ne m'éloigne finalement pas beaucoup de mes contributions initiales.

L'inflation et le niveau des prix ne sont pas les même suivant les départements, c'est une information utile. La situation du ménage influe aussi : jeune, couple avec ou sans enfants, retraités. Chaque catégorie va subir sa propre inflation. On parle souvent du cout des retraites, qu'en est-il de l'inflation subie par la population agée ? Sans doute très différente de celle "officielle" agrégée, avec des implications évidentes sur les politiques à mettre en place.

Pour être utile et accessible au citoyen, les prix détaillés doivent être rendus disponibles, en France il n'y a aucune raison pour ne pas le faire. Il y aura bien sur toujours des polémiques, mais elles ne seront plus stériles par construction et chacun pourra choisir en connaissance de cause.

Ajout 20061120 2034: an english version of this post is available at European Tribune

Ajout 20061124 1225: une variante de ce billet a été accepté pour publication sur Agoravox

Ajout 20070107 1121 : Benoit Tabaka présente le site Prix Carburant misen place par le gouvernement qui détaille les prix du carburant sur plus de 8000 stations services. Voir aussi Joël Bohrer sur le site collaboratif zagaz.com.

vendredi 17 novembre 2006

Primaires au Parti Socialiste

Les résultats dans ma section 75002 :

  • 271 inscrits
  • Votants : 216 (19.7% de participation)
  • Blancs et luls : 2 (0.9%)
  • Laurent Fabius : 22 (10.2%)
  • Ségolène Royal : 76 (35.2%)
  • Dominique Strauss-Kahn : 116 (53.7%)

Au niveau national, Ségolène Royal à l'air d'emporter cette première joute politique au premier tour, score autour de 60%.

Ajout 20061117 0911: Les résultats nationaux sont 60,62 % pour Ségolène Royal, 20,83 % pour Dominique Strauss-Kahn et 18,54 % pour Laurent Fabius, avec une participation de 82,04 % des 218 771 militants.

Ajout 20061118 1219 : Les résultats officiels des primaires du parti socialiste (PDF)

  • Ségolène Royal remporte 108 807 voix soit 60,65 % des suffrages,
  • Dominique Strauss-Kahn obtient 37 118 voix soit 20,69 % des suffrages
  • Laurent Fabius 33 487 voix soit 18,66 % des suffrages.
  • Inscrits 220 269
  • Votants 180 558 (81.97%)
  • Exprimés 179 414 (99.37%)
  • Blancs et nuls 1145 (0.63%)

Au passage, une copie de ma réponse au sondage de Diner's Room :

Situation : adhérent PS a 20 euros début 2006. Votant depuis 15 ans, voté a toutes les elections PS, Vert ou blanc (incluant deuxieme tour 2002). Pour les referendums : oui Maastricht, oui quinquennat, non TCE. Choix du PS/Vert plutot utilitaire, mes sympathies vont aux bonnes idées selon mon point de vue, certaines bien à droite. Pour les candidats mon ordre est SR, DSK, LF.

Choix : en fait je prefererai ne pas avoir a choisir un président et avoir un parlement a la proportionnelle plus puissant. Les trois candidats sont acceptables pour les primaires PS, je voterai pour celui ou celle désigné par les primaires. J'ai evité de jetter de la boue pendant la campagne interne, j'aurai aimé que mes camarades fassent de même. Je n'ai pas regardé les débats télévisés, uniquement lu les sites web et les blogs pour m'informer (plus mes contacts). Je me demandais si SR allait tenir la route, j'estime que c'est le cas d'ou fixation progressive de mes preferences. Le vote est dans deux jours, je ne pense pas que mon choix change.

Les raisons de votre choix : méthode sur les sujets que j'estime connaitre plus que la moyenne (en particulier nouvelles technologies et société) et potentiel de changement bien necessaire selon moi des relations entre l'état et les citoyens (enjeu principal). Tres subjectif, je ne crois pas aux propositions dans ce type de campagne de toutes façons (qui y croit franchement ?). Pour l'honnêteté c'est une valeur très importante pour moi, mais impossible à évaluer dans un contexte de campagne (hors casserole corruption mais ce n'est pas le cas ici), je dirai que LF est le plus manquant sur le sujet sur la durée mais c'est peut-être un biais d'image.

"Préférez-vous que la France soit administrée par un candidat de droite - ou de centre droit - compétent, menant une politique de droite, ou par un candidat de gauche moins compétent, mais poursuivant une politique de gauche. ?"

Chouette, mon lance-flamme s'ennuyait dans son coin !

La compétence du candidat est selon moi un mirage médiatique, et je ne pense pas qu'il y ait de candidat fondamentalement incompétent (ni au PS ni ailleurs). Les discussions sur "la compétence" sont plus révélatrice du biais de leurs auteurs sur certains sujets qu'autre chose.

Le gouvernement c'est plus de 1000 personnes, et la principale qualité se résume alors à savoir choisir son entourage. Sur les sujets ou je m'estime capable de juger, SR enfonce les autres de très loin.

Quant à "politique de gauche", la aussi dans le médiatique qui ne veut rien dire c'est pas mal :).

Ajout 20061119 1023: plus de discussions chez Adam Kesher (lire les commentaires).

Ajout 20061126 2210: une longue analyse chez Irène Delse.

lundi 13 novembre 2006

Great news for free software

Sun Microsystems has choosen the GNU General Public Licence to open its Java technology: see the official announcement page.

Here is my transcription of the small Richard Stallman video available on Sun site:

It will be very good that the Java trap won't exist anymore, it will be a thing of the past. That kind of problem can still exist in other areas but it won't exist for Java anymore. The GNU General Public Licence is the most popular, most widely used free software licence. The special thing about this licence is that it's a copyleft licence, that is to say all versions of the program must carry the same licence so the freedoms that the GNU GPL gives to the users must reach all the users of the program and that's the purpose for which I wrote it. I think Sun has, well with this contribution, has contributed more than any other company to the free software community in the form of software. And it shows leadership, it's an example I hope other will follow.

And here my transcription of the Eben Moglen video:

As Java became one of the most important languages for the expression of ideas about technology of programming in the last decade the question of Java's freedom, wether it could be use freely and made part of free software projects, has been a crucial question. Sun's policy of GPL'ing Java, which we are celebrating now, is an extraordinary achievement in returning programming technology to that state of freely available knowledge. Sun has now GPL'ed hardware designs, Sun is GPL'ing Java: that's an extraordinary vote of confidence in this way of sharing information. And we, in the free software world, are very pleased and very flattered to see Sun taking its own very valuable and very important product and agreeing with us that they will be more advantageous to Sun as well as to the rest of the community if they are shared under these rules.

Here is APRIL first reaction (french).

Update 20061118 1356: Ogg format videos now available

samedi 11 novembre 2006

Café de la statistique 2

Au café de la statistique du mardi 17 octobre 2006, Pierre Cahuc (biographie sur wikipedia) est venu présenter son papier Que peut on attendre du CNE et du CPE ? (PDF). Il a expliqué sa démarche pour ce papier et répondu aux questions du public. J'ai essayé de le convaincre d'ouvrir un blog en lui signalant ceux de ses collègues francophones, pour le moment sans succès :).

Le prochain café de la statistique c'est mardi 14 novembre :

Peut-on se fier aux indicateurs ?

Piloter par les indicateurs. Les objectifs de santé, l’insécurité, la nouvelle organisation des lois de finances… De plus en plus, les objectifs politiques sont exprimés par des indicateurs chiffrés. Que représentent ceux-ci ? Qui les choisit ? Les responsables délaissent-ils ce que les indicateurs ne couvrent pas ? Adaptent-ils les comptes qu’ils rendent ? Retenir un indicateur redéfinit-il ce que la statistique observe ? Invité Jean-René Brunetière, président de Pénombre

Mardi 14 novembre 2006 de 19h à 21h30 au Alice Café, 62 Cour Saint-Emilion Paris 75012 (Métro 14 Cour Saint-Emilion)

Programme, inscriptions : stat-cafe at wanadoo dot fr

Le mois prochain, mardi 12 décembre 2006 « Enseigner la statistique dans le secondaire » invité : Yves Olivier, inspecteur pédagogique régional de l’Académie d’Orléans-Tours

Liens utiles :

Ajout 20061123 1309 : Un billet sur le sujet chez Olivier Bouba-Olga.

mardi 7 novembre 2006

Peter Junger sur les brevets logiciels

Sur son blog Samsara le professeur Peter Junger nous signale la disponibilité son opus de 130 pages : You Can't Patent Software; Patenting Software is Wrong. Il passe en revue les jugements de la cour suprême et des cours fédérales. Sa conclusion :

When I was in law school back in the mid-fifties of the last century, the received - if somewhat oversimplified - wisdom, even among those of us who wanted nothing to do with patent law, was that all patent claims that have been reviewed by the Supreme Court are invalid and that all patent claims that have not been reviewed by the Supreme Court are valid. I gather that nothing has really changed since then, except that the Court had, until recently, pretty much given up reviewing patent claims, And the result, of course, has been that all sorts of patent claims - including those that cover software - have been upheld by the lower courts - in particular by the Federal Circuit that has of late had nearly exclusive jurisdition over appeals in patent cases, even though the Supreme Court had earlier held in the cases known as Benson, Flook, and Diehr that software, including algorithms for the processing of information and mathimatical formulae, is, like other abstact ideas, not patentable. The Supreme Court, however, has of late evidenced a willingness once again to review patent cases and has even raised sua sponte the question of whether a patent was invalid because one cannot patent "laws of nature, natural phenomena, and abstract ideas." And it is also no longer true that the Federal Circuit can hear appeals in patent cases where the issue of the validity of the patent was not initially raised in the plaintiff's complaint: such appeals in federal cases are now heard by the numbered or D.C. Circuits. It seems improbable that we will have to wait very long before the Court has, once again, the opportunity to consider the validity of a patent on a computer program. It also seems improbable that when that day of judgment comes the Court will refuse to follow its own holdings in Benson, Flook, and Diehr and will instead treat those cases as having been overruled by the judges of the Federal Circuit. The Court has, after all, never taken kindly in the past to efforts by the lower courts to openly refuse to follow its precedents. On the other hand, it seems equally certain that those members of the patent bar and legal academics, who have for years been advising their clients and students in reliance on the opinions of the Federal Circuit that software is patentable, will raise a mighty protest that the Supreme Court was wrong when it decided Benson, Flook, and Diehr and that the Federal Circuit was right in acting as if it had overruled those cases. The trouble with that position is that, as I argue in this article at what most of you will consider excessive length, the Supreme Court was right in holding that computer programs are no more patentable than are mathematical inventions like the calculus or logical truths like De Morgan's law that "NOT (A AND B )" equals "NOT A OR NOT B ". Computer programs are texts, not machines as some lawyers have confused themselves into believing, and thus they may be copyrighted and protected by the First Amendment, but they are not patentable as machines. Computer programs are indeed processes, but they are not patentable processes because what they process is information and what they produce is information, not some modification of material goods or articles of commerce. The simple fact is - though the reasons for it may be hard for most lawyers to grasp - that, as the title of this article puts it: "You can't patent software: patenting software is wrong."

Ajout 20061107 1938 : j'en profite aussi pour signaler le témoignagne de Dan Bricklin (bio sur wikipedia) dans un procès au Texas. Lire aussi l'article du NYT sur le sujet.

jeudi 2 novembre 2006

Les dettes

Bernard Salanié dans une contribution a Telos intitulé Le grand bêtisier de la dette publique, il est repris chez econoclaste dans un billet intitulé L'hystérie de la dette publique. Verel de son côté continue à voir dans la dette publique le mal ultime et la fin du monde (enfin de la France) dans les prochaines secondes dans son billet Illusions sur la dette.

J'ai intitulé ce billet Les dettes car considérer la dette publique seule est tout simplement malhonnête.

Quelques chiffres pour commencer : l'endettement total français est de 167.6% du PIB pour le deuxième trimestre 2006, réparti comme suit (sauf erreur d'interprétation de ma part, corrections bienvenues) :

  • 44.7% pour les ménages
  • 68.2% pour le gouvernement (administrations centrales et locales)
  • 54.7% pour les entreprises

Donc la dette du gouvernement représente 40.7% de la dette totale en France.

Pour référence, aux USA à la même période 2006, la dette totale est de 208.1% du PIB :

  • 92.9% pour les ménages
  • 64.8% pour le gouvernement
  • 50.3% pour les entreprises

La dette du gouvernement représente 24.2% de la dette totale aux USA, à cause on le voit ici d'un endettement double des ménages vs la France, les deux autres postes étant similaires.

Sources :

Pourquoi malhonnête ? Parce que ces dettes sont au moins en partie substituables, c'est à dire que pour une réalisation donnée le porteur de la dette peut-être souvent indifféremment l'un des trois acteurs. Quelques exemples :

Vous cherchez à vous loger :

  1. si vous achetez un appartement, vous êtes porteur de la dette (ménage).
  2. si vous louez un appartement du parc privé, c'est une entreprise ou un autre ménage qui porte la dette
  3. si vous louez un HLM à financement public, c'est l'état qui porte la dette

Vous vous déplacez sur un pont ou sur une autoroute :

  1. si il a été construit avec l'argent public, la dette correspondante est pour l'état
  2. si une concession est passée avec un acteur privé, la dette est pour une entreprise.

Vous allez au travail :

  1. s'il y a des transports publics, la dette est pour l'état
  2. sinon vous utilisez votre voiture et la dette est pour vous (les routes sont en général pour l'état)

Vous voulez faire des études :

  1. si elles sont gratuites ou peu chère, c'est l'état qui s'est endetté pour payer la différence
  2. si elles sont chères, vous empruntez pour payer, la dette est pour les ménages
  3. si c'est votre employeur privé qui paye une formation, la dette est pour une entreprise.

Vous voulez vous chauffer maintenant qu'il fait froid :

  1. vous avez une bonne isolation financée par des réductions d'impot et de l'électrique (donc nucléaire chez nous), c'est l'état qui s'est endetté
  2. si l'état n'a pas investi, vous dépendez du charbon ou d'importation de pétrole ou gaz, peut-être pas de dettes mais des dépendances politiques avec de charmants pays et du CO2 pour les générations futures. Voir aussi les documents produits par European Tribune ici et la.

A chaque fois il y a un choix, l'état est peut-être plus ou moins efficace suivant l'époque et le domaine mais il est celui qui paye le moins cher pour sa dette par rapport aux deux autres acteurs, parfois beaucoup moins cher. Quand ce n'est pas l'état qui s'endette ce sont les ménages et les entreprises et alors les seuls gagnants à coups sur sont ... les banques privées qui prennent leur (confortables si on en croit les bénéfices actuels du secteur) marges, à ne pas oublier quand un banquier dit que l'état doit diminuer sa dette pour faire la part de l'intérêt général et de l'intérêt particulier dans ce mouvement.

Au dela des artifices comptables il est donc essentiel de toujours considérer la dette totale si on veut juger la situation d'un pays et non la seule dette publique. Et bien sur, lors de l'évaluation d'une dette publique ou pas, il faut toujours prendre en compte ce que le politique a réalisé avec (infrastructures publiques, comme l'hopital). Si la dette sert à fabriquer des feux d'artifices sur CNN et les terroristes de demain ce n'est peut-être pas un bon usage.

Mais comme le notent econoclaste et Bernard Salanié le message est difficile à faire passer et la campagne de désinformation monte en puissance avec l'élection à venir.

Ajout 20061103 1003 : un point important dans le débat public privé chez l'économiste :

[...] D'une part, nous sommes tous concernés par de nombreuses dépenses publiques. Nous sommes donc plus souvent à même de repérer celles qui ne fonctionnent pas. D'autre part, un fonctionnaire qui dénonce publiquement une dépense inutile est considéré comme un bon citoyen. Un salarié qui fait de même à propos de son entreprise peut être licencié pour faute professionnelle. Du coup, on entend beaucoup moins parler de l'incurie budgétaire dans le secteur privé, puisque celui-ci a un intérêt direct à ne pas laisser s'ébruiter ce type d'information. [...]

Et chez Olivier Bouba-Olga :

[...] Preuve récente d'un tel raisonnement, le (jamais) surprenant Alain Lambert, qui invite "tous les gestionnaires à nous raconter sur son blog leurs histoires courtelinesques avec nos administrations." Avec une telle expérience, sûr qu'il va trouver 100% de dysfonctionnement dans l'administration publique, et qu'il va pouvoir continuer à se désespérer de la situation...

Voir aussi chez Florent Latrive.

Ajout 20061106 0022 : voir chez Vonric les acrobaties comptables en action chez Tony Blair

Ajout 20061123 2210 : posté sur Desir d'avenir dans le débat Economie et travail : débloquer la situation : première partie et deuxième partie

Ajout 20070526 1131: Un tour d'horizon sur le sujet de la dette publique chez Les cafés économiques

Ajout 20091221 0905: Jacques Sapir sur Marianne2 et "les dettes"