Le blog de Laurent GUERBY

Résultats de votre recherche de transparence.

vendredi 21 février 2014

Campagne d'adhésion à l'APRIL

J'ai cité dans mon dernier billet de 2013 mes engagements citoyens, l'APRIL est un des plus anciens avec une adhésion le 26 novembre 2000, numéro d'adhérent 79, 4 ans après sa création.

Lors l'assemblée générale 2013 de l'APRIL j'ai été élu par les adhérent(e)s au conseil d'administration de l'APRIL avec le titre de Vice-Président.

Pourquoi cet engagement ?

L'APRIL est une association militante du logiciel libre, dans l'histoire le logiciel est le premier domaine ou le concept de libre a fait son apparition pour ensuite s'étendre a bien d'autres domaines comme les données libres, les cartes libres, le matériel libre, le réseau libre, l'énergie libre, etc... L'APRIL a fait le choix il y a quelques années de passer d'un mode bénévole à un mode ou les cotisations financent des permanents qui sont donc disponibles pour le travail de fond de l'association incluant les inévitables rencontres en horaire de bureaux qui sont difficilement gérables en bénévoles lors que leur volume augmente. Après un pic a 5000 adhérent(e)s la crise est passée par la et la baisse du volume de cotisation restreint les capacités de l'APRIL à agir, l'association a donc lancé une nouvelle campagne d'adhésion :

Le logiciel libre est en effet la première étape du combat pour le maintien de la vie privée : comment s'assurer que nos nombreux compagnons électroniques ne nous trahissent pas si nous ne savons pas comment ils fonctionnent ? Le logiciel libre amène la transparence nécessaire pour que vos amis orientés vers la technique puisse analyser le code source du logiciel et prévenir toute porte dérobée. Il reste du travail à faire en sensibilisation et en développement (éditeurs de documents collaboratifs en ligne) d'ou l'intérêt de soutenir l'APRIL.

Mais ce ne sont pas les dossiers qui manquent, dans la vie publique l'APRIL est en pointe sur l'épineux dossier Défense et Open Bar Microsoft ou la puissance publique sacrifie la sécurité et la souveraineté nationale et le développement économique local au profit d'une société qui ne paie que trop peu d'impot en France via des montages fiscaux peu éthiques.

L'APRIL accompagne et analyse au jour le jour les initiatives et celles et ceux qui découvrent les problèmes des logiciels privateurs par exemple dans le domaine de l'éducation ou Rémi Boulle pose les bonnes questions.

Faisons en sorte que l'APRIL gagne les moyens d'agir grace a nos adhésions !

mardi 31 décembre 2013

Engagements citoyens

Je viens de mettre à jour la section "Citizen" de ma page personnelle

Avec un peu de recul le fil conducteur de ces projets est la transparence citoyenne, particulièrement tetaneutral.net et regards citoyens mais pas seulement.

L'année 2014 sera l'occasion pour moi de développer mes idées sur le sujet sur ce blog, en attendant bon reveillon a toutes et a tous.

vendredi 27 novembre 2009

Climat, science et transparence

Le jeudi 19 novembre des plaisantins se sont amusés a mettre sur le net les courriels privés de la CRU - Climatic Research Unit.

George Monbiot dans un article intitulé "The Knights Carbonic" publié par the Guardian identifie quelques courriels dont deux (1 2) montrant les efforts spécifiques des membres de la CRU pour ne pas avoir a rendre disponible au public les données et code source sous tendant leurs études.

La communauté étudiant le climat terrestre est en effet depuis quelques années sur la défensive sur la mise a disposition du public de ces données brutes et codes sources, surtout après les efforts de Stephen McIntyre et de quelques autres.

On peut retrouver un historique d'une de ces démarches pour que le public puisse avoir accès aux données et codes, historique éclairé par les courriels rendus publics dans cet article.

Ne pas rendre ces données et codes publics n'est déja pas très "scientifique" car la science est basée sur la reproduction critique des résultats et avec l'internet tel qu'on le connait maintenant le cout de mise a disposition a tous est nul. Mais en plus vu que cette communauté demande sur la base de données et de code qu'elle garde totalement secrete un changement de politique majeur, douloureux et mondial on nage dans le ridicule total.

Heureusement, certains membres de la communauté du climat commencent a critiquer de l'intérieur cette obscurité tenace et déplacée par exemple Judith Curry :

What has been noticeably absent so far in the ClimateGate discussion is a public reaffirmation by climate researchers of our basic research values: the rigors of the scientific method (including reproducibility), research integrity and ethics, open minds, and critical thinking. Under no circumstances should we ever sacrifice any of these values; the CRU emails, however, appear to violate them [...]

If climate science is to uphold core research values and be credible to public, we need to respond to any critique of data or methodology that emerges from analysis by other scientists. Ignoring skeptics coming from outside the field is inappropriate; Einstein did not start his research career at Princeton, but rather at a post office. I’m not implying that climate researchers need to keep defending against the same arguments over and over again. Scientists claim that they would never get any research done if they had to continuously respond to skeptics. The counter to that argument is to make all of your data, metadata, and code openly available. Doing this will minimize the time spent responding to skeptics; try it! If anyone identifies an actual error in your data or methodology, acknowledge it and fix the problem. Doing this would keep molehills from growing into mountains that involve congressional hearings, lawyers, etc. [...]

Lire aussi son message a Climate Audit (quand le serveur sera revenu en ligne) :

Transparency. Climate data needs to be publicly available and well documented. This includes metadata that explains how the data were treated and manipulated, what assumptions were made in assembling the data sets, and what data was omitted and why. This would seem to be an obvious and simple requirement, but the need for such transparency has only been voiced recently as the policy relevance of climate data has increased. The HADCRU surface climate dataset and the paleoclimate dataset that has gone into the various “hockeystick” analyses stand out as lacking such transparency. Much of the paleoclimate data and metadata has become available only because of continued public pressure from Steve McIntyre. Datasets that were processed and developed decades ago and that are now regarded as essential elements of the climate data record often contain elements whose raw data or metadata were not preserved (this appears to be the case with HADCRUT). The HADCRU surface climate dataset needs public documentation that details the time period and location of individual station measurements used in the data set, statistical adjustments to the data, how the data were analyzed to produce the climatology, and what measurements were omitted and why. If these data and metadata are unavailable, I would argue that the data set needs to be reprocessed (presumably the original raw data is available from the original sources). Climate data sets should be regularly reprocessed as new data becomes available and analysis methods improve. There are a number of aspects of the surface climate record that need to be understood better. For example, the surface temperature bump ca. 1940 needs to be sorted out, and I am personally lacking confidence in how this period is being treated in the HADCRUT analysis.

In summary, given the growing policy relevance of climate data, increasingly higher standards must be applied to the transparency and availability of climate data and metadata. These standards should be clarified, applied and enforced by the relevant national funding agencies and professional societies that publish scientific journals.

Un peu de bon sens donc. Et au vu des caractériels qui sévissent dans la communauté, beaucoup de courage pour mettre sa carrière dans la balance.

Le sujet de la mise a disposition au public des données prends forme dans beacoups de domaines.

Liens utiles :

PS : je n'ai rien vu sur le café des sciences, je suis preneur de liens sur la blogosphère scientifique française.

Ajout 20091128 1202 : quelques liens (merci aux commentateurs)

Ajout 20091130 0954 : le bon sens semble se répandre :

Leading British scientists at the University of East Anglia, who were accused of manipulating climate change data - dubbed Climategate - have agreed to publish their figures in full. The U-turn by the university follows a week of controversy after the emergence of hundreds of leaked emails, "stolen" by hackers and published online, triggered claims that the academics had massaged statistics.

In a statement welcomed by climate change sceptics, the university said it would make all the data accessible as soon as possible, once its Climatic Research Unit (CRU) had negotiated its release from a range of non-publication agreements.



The publication will be carried out in collaboration with the Met Office Hadley Centre. The full data, when disclosed, is certain to be scrutinised by both sides in the fierce debate.

A grandfather with a training in electrical engineering dating back more than 40 years emerged from the leaked emails as a leading climate sceptic trying to bring down the scientific establishment on global warming.

David Holland, who describes himself as a David taking on the Goliath that is the prevailing scientific consensus, is seeking prosecutions against some of Britain's most eminent academics for allegedly holding back information in breach of disclosure laws.

Mr Holland, of Northampton, complained to the Information Commissioner's Office (ICO) last week after the leaked emails included several Freedom of Information requests he had submitted to the CRU, and scientists' private responses to them.

Within hours, a senior complaints officer in the ICO wrote back by email: "I have started to examine the issues that you have raised in your letter and I am currently liaising with colleagues in our Enforcement and Data Protection teams as to what steps to take next." [...]

SCIENTISTS at the University of East Anglia (UEA) have admitted throwing away much of the raw temperature data on which their predictions of global warming are based.

It means that other academics are not able to check basic calculations said to show a long-term rise in temperature over the past 150 years.

The UEA’s Climatic Research Unit (CRU) was forced to reveal the loss following requests for the data under Freedom of Information legislation.

The data were gathered from weather stations around the world and then adjusted to take account of variables in the way they were collected. The revised figures were kept, but the originals — stored on paper and magnetic tape — were dumped to save space when the CRU moved to a new building. [...]

dimanche 23 août 2009

Confidentialité et inflation

Le gouvernement a répondu a la question sur l'inflation de M. Philippe Folliot, réponse publiée au JO le 18 aout 2009, je cite et je grasse:

L'indice des prix à la consommation est un indicateur de l'évolution « pure » des prix, c'est-à-dire à qualité constante des produits. Sa constitution fait l'objet de recommandations internationales et de plusieurs règlements européens. En France, il est calculé par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) au moyen de 180 000 prix relevés chaque mois pour un échantillon fixe d'un millier de variétés (familles de produits), complété par des données tarifaires, représentatif de l'ensemble des biens et services consommés par les ménages. À partir de ces relevés, des évolutions de prix sont calculées au niveau des variétés puis à des niveaux de plus en plus agrégés (de 305 postes à l'indice d'ensemble) en tenant compte du poids des différents produits dans la consommation des ménages. Les pondérations utilisées sont mises à jour au début de chaque année et publiées au niveau des 305 postes et de leurs regroupements. Pour éviter tout risque de manipulation, la liste des variétés est quant à elle gardée confidentielle. L'échantillon des variétés est le même tout au long de l'année. Il est mis à jour au début de chaque année pour tenir compte de l'apparition de nouveaux produits et des évolutions ou disparitions d'autres produits. À l'occasion de ce renouvellement, l'évolution de la qualité des produits est neutralisée par une double collecte des prix en décembre de l'année précédente pour l'ancien et le nouvel échantillon, ces deux échantillons n'étant donc pas directement comparés. En cours d'année, chacun des 180 000 relevés consiste à suivre le prix d'un même produit (de même marque, de même conditionnement, etc.) dans le même point de vente tout au long de l'année. En cas de disparition d'un produit en cours d'année, les enquêteurs ont pour consigne première de trouver un produit équivalent : les prix sont alors directement comparés, sans aucun ajustement, exactement comme si l'on suivait le même produit. Environ la moitié des remplacements sont faits « en équivalent ». Lorsque le produit de remplacement ne peut pas être considéré comme équivalent (dans la moitié des cas environ), un ajustement de qualité est alors fait pour ne pas tenir compte dans l'indice de ce qui tient à des changements dans la qualité entre le produit disparu et le produit qui le remplace. Dans la plupart des cas, l'évolution du prix est l'évolution moyenne des prix constatée sur les autres produits suivis pour la même variété. Dans plusieurs cas particuliers, d'autres méthodes dites « explicites » sont appliquées, que l'INSEE s'efforce de développer. Celles-ci font appel à une estimation directe de la valeur de la différence entre les deux produits. C'est le cas des modèles économétriques estimant le prix de chaque produit en fonction de ses caractéristiques, ces modèles sont utilisés pour certains biens durables (lave-linge, lave-vaisselle, réfrigérateur notamment). D'autres modèles plus simples et n'utilisant qu'une seule variable d'ajustement sont mis en oeuvre pour certaines catégories de livres (en fonction du nombre de pages) ou les bijoux en or (en fonction du poids d'or). Du fait que chaque mois, environ 3 % des relevés élémentaires font l'objet d'un traitement qualité, ces principes généraux donnent lieu, en continu, à une myriade de micro-traitements qualité sur des relevés élémentaires. Ces microtraitements étant en très grande majorité décidés au cas par cas, il apparaît très difficile de les reprendre dans une publication, d'autant plus que celle-ci devrait respecter la confidentialité de la liste des produits figurant dans l'échantillon . L'impact de ces traitements sur le calcul de l'inflation est, du reste, limité. En effet, les évaluations réalisées par l'INSEE suggèrent que ces effets qualité ne comptent que pour 0,3 point par an en moyenne dans l'indice des prix à la consommation. Des résultats plus détaillés et une présentation générale des méthodes de traitement de la qualité dans l'indice des prix à la consommation sont cependant disponibles dans le document de travail de l'INSEE qui peut être consulté ici (PDF).

Donc l'INSEE campe sur sa position : c'est secret car cela doit être secret. Pourquoi le secret ? Parce qu'en France il y a des sociétés secrètes très puissantes capables de modifier significativement les 180 000 relevés mensuellement dans 27 000 points de vente rien que dans l'objectif machiavélique de fausser le calcul de l'inflation ... Je me demande si les employés de l'INSEE portent des chapeaux en aluminium pour se protéger des méchants manipulateurs d'inflation ...

Franchement qui peut croire une baliverne pareille ? Si les prix et ajustements sont publiés trois mois ou un an après ? Même si il faut augmenter la taille de l'échantillon et donc le cout de l'équipe de relevé (170 personnes en 1997) comme au final le contribuable beneficiera des données ou est le problème ?

Le papier cité donne sur une seule année (2003) un effet de 0.31% a la baisse (2.16% vs 2.47%). Mais si j'ai bien compris la méthodologie ne traite qu'une partie des choix subjectifs de l'INSEE car l'effet de remplacement de produit "équivalent" mais il y aura un biais non mesuré : par exemple si un produit a 10 euros disparait et que deux produits a 9 euros et 11 euros apparaissent dans le rayon le choix du produit "equivalent" va directement biaiser l'evolution des prix. Le Manuel des indices hédoniques et des ajustements de qualité dans les indices de prix mentionne ce biais.

Le papier cite L'indice des prix à la consommation surestime-t-il l'inflation ? par François Lequiller qui tresse des lauriers a l'INSEE sur l'inflation, François Lequiller étant le chef du service inflation de l'INSEE on peut en déduire qu'il est content de son travail. Mais comme les données sont secrètes l'exercice est sans grand danger ...

Enfin il est fait référence a l'harmonisation européenne des indices des prix. Mais qu'est-ce qui rends difficile cette harmonisation ? Le secret ... Dans une économie mondialisée et une économie européenne libéralisée ou les une grande partie des produits sont vendus partout pourquoi s'obstiner sur le secret au niveau national ? Par peur du ridicule lors que le public verra les divergences d'évaluation qualité et d'effet de choix de remplacement ?

Sans grande surprise le débat sur l'inflation reste donc stérile par construction et la transparence dans le calcul de l'inflation une chimère.

samedi 27 juin 2009

data.gov vs data.gouv

Je cite Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat au Développement de l'économie numérique, dans une interview sur le magazine Challenges :

Vous avez évoqué l'idée d'un site centralisant toutes les statistiques administratives. La France va-t-elle copier le Data.gov mis en place par Obama ?

Le plan «administration numérique» sur lequel nous travaillons ne ressemblera pas au Data.gov. Le concept est en tout cas intéressant, puisqu'il s'agit de dire que l'administration n'est pas forcément la mieux placée pour utiliser ses propres données : elle peut mettre en ligne des informations, puis laisser se développer des applications. Il pourrait, par exemple, devenir possible de savoir, d'un clic sur son iPhone, le taux de criminalité du quartier où l'on veut acheter un logement ou les performances d'une clinique.

A son crédit elle a tout a fait saisi la différence de politique (au moins affichée, sans préjuger de ce qui va arriver en réalité), et ne parle que de la politique qu'elle ne va pas mener :).

  • D'un côté le gouvernement rend disponible les données brutes dont la collecte est payée par le contribuable a la disposition du contribuable, cela ne coute absolument rien au budget grace a l'internet (éventuellement en faisant appel au P2P) et au fait que ses données sont déja en numérique depuis des années. Et on laisse la société civile, particuliers et entreprises faire l'analyse et s'approprier le controle de la gouvernance, comme le mentionne la réponse. Cout budgétaire nul, impact positif maximum pour le contribuable et le débat démocratique.
  • De l'autre côté, on ne donne que des données filtrées, agrégées, partielles, contrôlées et qui miraculeusement vont coller avec l'actualité décidée par le gouvernement, le tout coutant fort cher en série de sites webs gadget et armée méxicaine en plus de la collecte. En gardant un privilège pour la presse de propagande qui reçoit ses données un peu à l'avance pour vérouiller la communication. Et sans intérêt pour le contribuable à moins de raffoller de discussions stériles par construction.

Pourtant quand une adminitration met quelques données en ligne même en France on a le sens des initiatives : un exemple avec les données de Bercy.

Bref, politique efficace et inefficace, que choisir en ces temps de contraintes budgétaires ?

Ajout 20090630 1050 : Quelques usages de data.gov, merci a Narvic pour le lien.

Ajout 20090701 1200 : Les administrations japonaises et USA mettent les données topographiques avec une résolution de 30 mètres et couvrant 99% de la planète en ligne gratuitement, visualisation et téléchargement. Des images impressionnantes. Voila comment servir l'intérêt général. Et pas des intérêts très particuliers comme l'IGN qui privatise les données payées par le contribuable français ... A noter que par défaut aux USA le contenu produit par des fonctionnaires dans le cadre de leur travail est fort logiquement placé dans le domaine public.

Un petit calcul sur les données :

Image Dimensions: 3601 x 3601

Total Number Tiles: 22,600

Tile Volume: ~25MB, 6.4 MB compressed

Scene Coverage: 1º x 1º tiles

Resolution: 1 arcsecond (30-m horizontal posting at equator)

Soit 150 gigaoctets compressés, soit 10 euros TTC de disque dur au prix actuel de 70 euros le disque de 1000 Go.

Ajout 20090706 1420 : Meilcour parle de la transparence et de l'accès aux données, je cite :

2. La révolution de Vivek Kundra est majeure, et de deux ordres. Premièrement, il considère que la donnée sur l’action publique est un bien public, qui doit être mis à sa disposition, de manière brute. Charge à la société de développer des applications pour les rendre lisibles. C’est le projet data.gov. Le gouvernement ne va pas arrêter totalement son spin politique, et ses conférences de presse, bien sûr, mais il offre au citoyen la donnée d’action brute et accessible. Il livre des sources ouvertes. C’est profondément subversif.

Ajout 20090706 1435 : Le détail des dépenses du gouvernement USA. Et un billet de 2002.

Ajout 20090731 2321 : Lire chez Thierry Lhôte "Le buzz et les données".

jeudi 14 mai 2009

Inflation et ajustement qualité

L'indice des prix a la consommation, dont la croissance est plus connue sous le nom d'inflation, n'est pas une simple aggrégation de prix de produit. En effet les économistes de l'INSEE évaluent aussi le changement de qualité subjectif d'un produit et corrigent les prix relevés en conséquence. Entre décembre 2002 et décembre 2003 cette étude (PDF) nous apprend que l'inflation hors ajustement qualité etait de 2.5% et se réduit a 2.2% avec les ajustements qualité. Par exemple le prix des micro-ordinateur a baissé de 7.6% mais avec l'ajustement qualité cette baisse s'élève a 15% dans l'indice publié.

Le 14 mars 2009 mon député, Philippe Folliot (Nouveau Centre) publie un article dans un journal local sur l'inflation. Je lui ai envoyé un courriel pour lui faire part de la possibilité d'une transparence et efficacité accrue de l'INSEE sur le sujet et il m'a proposé un rendez-vous le 6 avril. Après discussion il s'est proposé d'écrire une question au gouvernement qui a maintenant été publiée :

Question au gouvernement numéro 48176 :

M. Philippe Folliot interroge M. le secrétaire d'État chargé de l'industrie et de la consommation sur l'élaboration et la diffusion de l'indice des prix à la consommation (IPC) réalisé par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En effet, l'IPC qui est une moyenne des indices élémentaires des prix de 1 000 familles de produits suivis tous les mois est produit par l'Insee. Cet indice est d'une utilité cruciale pour la défense des intérêts des consommateurs. Aussi, à l'heure du développement d'Internet et des comparateurs de prix, l'utilisation de cet indicateur s'avère de plus en plus nécessaire. Afin de respecter l'évolution des paniers de biens, l'Insee fait régulièrement des ajustements qualité sur l'IPC. Or le détail de ces ajustements qualité ne fait pas l'objet d'une publication officielle ce qui rendrait pourtant plus transparente aux yeux des consommateurs la méthode d'élaboration de l'IPC. C'est pourquoi il lui demande que les services de son ministère fassent la lumière sur cette carence.

Il m'a bien dit ne pas attendre de réponse rapide ni de révolution mais c'est toujours une bonne chose de faite.

Merci à Philippe Folliot.

J'ai aussi contacté deux députés du Parti Socialiste, parti dont je suis membre, mais sans réponse à ce jour. La transparence sur le calcul de l'inflation serait pourtant un bon point sur un programme politique.

Ajout 20090707 2257 Un ouvrage complet disponible en ligne pour ceux qui veulent approfondir : Manuel des indices hédoniques et des ajustements de qualité dans les indices de prix / Application particulière aux produits des technologies de l'information et de la communication / Jack Triplett / Éditions OCDE / 21 sept 2006 / Pages: 292 / ISBN: 9789264028173

Ajout 20090722 0935 "Le manuel du lobbyste" chez authueil me donne quelques conseils pour continuer mes démarches, merci Samuel !

mardi 12 mai 2009

Statistiques, OGM et transparence

Le Monde rapporte les propos sur les OGM du mathématicien Marc LAVIELLE sur la fiabilité des statistiques utilisées pour juger les effets des OGM :

[...] Autre point de crispation : l'accès aux données expérimentales. Celles-ci sont tenues secrètes par les firmes agrochimiques qui financent et commanditent les études. C'est ainsi une action de Greenpeace devant une juridiction allemande qui avait permis la "réanalyse" des effets présumés du MON863. "La publicité des données est absolument nécessaire, explique M. Lavielle. A défaut, c'est un peu comme si on attribuait le prix Goncourt à un livre en ayant seulement eu accès à sa quatrième de couverture..." [...]

Lire aussi sur Les Echos :

[...] Ce débat autour des OGM déclenche des passions et des inquiétudes dans l'opinion. Au-delà des questions purement scientifiques que soulèvent les OGM, il y a un problème de société, et le citoyen est en droit d'attendre un discours cohérent, même semé d'interrogations, de la part de la communauté scientifique. Il est indispensable aujourd'hui que ces études soient faites dans la plus grande transparence, que l'ensemble de la communauté scientifique puisse y avoir accès et surtout soit en mesure de valider les résultats présentés. C'est notre rôle et notre devoir de scientifique citoyen de porter le même regard critique sur l'ensemble des études portant sur les OGM, sans pour autant être traités d'obscurantistes par certains, sans être accusés d'être à la solde de Monsanto par d'autres. Une analyse statistique bien menée ne sera jamais contestée !

Et les documents sur le site du chercheur (surtout "Clause de sauvegarde sur le MON 810 : un petit résumé de l’histoire en images").

A méditer dans le cadre du calcul de l'inflation ou les économistes se mettent au niveau des firmes agroalimentaires sur des données économiques pourtant fondamentales pour les décisions politiques, et qui seraient de plus très utiles aux citoyens qui les financent.

Marc Lavielle, un expert dans le bon sens du terme ?

mardi 31 mars 2009

Vote électronique et égalité

Le 3 mars 2009 la cour constitutionnelle fédérale allemande a jugé que la loi actuelle autorisant les machines à voter était inconstitutionnelle, je cite le communiqué de presse officiel en anglais :

[...] The principle of the public nature of elections, which results from the fundamental decisions of constitutional law in favour of democracy, the republic and the rule of law prescribes that all essential steps of an election are subject to the possibility of public scrutiny unless other constitutional interests justify an exception. [...]

The voters themselves must be able to understand without detailed knowledge of computer technology whether their votes cast are recorded in an unadulterated manner as the basis of vote counting, or at any rate as the basis of a later recount. If the election result is determined through computer-controlled processing of the votes stored in an electronic memory, it is not sufficient if merely the result of the calculation process carried out in the voting machine can be taken note of by means of a summarising printout or an electronic display. [...]

Cette décision de bon sens fait suite a la plainte de simples particuliers.

Les Pays-Bas en 2007 sont aussi revenus au vote papier pour essentiellement les même raisons de simple bon sens, après quelques rapports bien documentés reçus par le gouvernement.

En France ... nous avons droit a un conseil constitutionnel visiblement très peu intéressé par la constitution et le fondement de la démocratie, j'écrivais en mai 2007 sur le communiqué de presse du conseil constitutionnel :

J'ai encore un peu de mal "priver le corps électoral de la surveillance des opérations" n'est pas clairement marqué comme inconstitutionnel. A quand le progrès ultime : un ordinateur au ministère de l'intérieur décide secrêtement du résultat de l'élection ? Qui pourrait douter de la sincérité et du dévouement de nos fonctionnaires ?

Le lien mis en oeuvre lors du vote papier n'est en rien symbolique : il est le fondement de la légitimité du résultat du vote. En cela le conseil constitutionnel se trompe toujours dans une opposition livresque des anciens et des modernes, sachant de plus que les anciens ici sont constitués de ceux qui pratiquent quotidiennement à la pointe du progrès dans le secteur considéré. Et que certains de ces mêmes acharnés valident le fonctionnement du vote électronique traçable, comme par exemple mis en place au vénézuela. Il ne s'agit donc en aucun cas d'une opposition à la modernité comme le prétends ici le conseil constitutionnel.

Sur un détail de langage, l'article 3 de la constitution française dit :

Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret.

Alors que le conseil constitutionnel annule une élection papier pour le simple motif que l'urne n'est pas transparente. Y-a-t'il égalité entre les votants qui peuvent controler le déroulement d'une election papier et ceux qui sont privés de ce droit ?

Bref, le sujet ne manquera pas de resurgir aux élections européennes de 2009. Si quelqu'un connait un moyen d'atteindre le conseil constitutionnel sur le sujet ? Un lettre recommandée A/R ?

Mes billets :

A lire aussi :

Ajout 20090412 1433 : Une cour finlandaise a finalement annulé une élection basée sur un vote electronique et ou 2% des votes se sont "perdus".

Ajout 20090503 2134 : via Benoit Sibaud de l'APRIL quelques nouvelles :

mercredi 25 février 2009

Le débat stérile sur la mesure de l'inflation continue

Il y a plus de deux ans j'écrivais dans le billet Inflation et transparence :

Pour être utile et accessible au citoyen, les prix détaillés doivent être rendus disponibles, en France il n'y a aucune raison pour ne pas le faire. Il y aura bien sur toujours des polémiques, mais elles ne seront plus stériles par construction et chacun pourra choisir en connaissance de cause.

Le 4 février 2009 chez Comprendre l'actualité économique dans la même ligne :

C'est une question d'efficacité de la dépense publique, pas une question de confiance ou pas confiance (chacun est libre d'avoir une religion en France :).

Au passage, les tickets de caisse ça ne marche que si tu ne déménage jamais or en moyenne on déménage tous les 7 ans. Quels seront les prix de mon panier dans la nouvelle région ? Et si je change ? Comment cela a évolué ?

Le contribuable paie 100% des couts pour faire les relevés et pour évaluer la qualité des produits dans le temps, via le financement des salaires et dépenses de l'INSEE.

En sortie, il n'a rien d'utile et une grosse quantité de débats stériles. Et l'INSEE gaspille de l'argent a pondre des paniers plus inutiles les uns que les autres chaque fois que le sujet passe au 20h a la télé.

Comme je le montre dans mon billet il n'y a aucune raison de ne pas publier les données détaillées de l'INSEE (prix et qualité). Ca coutera moins cher que les multiples paniers et leur interface web, et cela rendra un énorme service aux contribuables dans leur vie.

Tout le monde y gagnera, et la qualité du débat public s'elevera de l'ornière profonde dans laquelle il reste actuellement.

Qu'en pensez vous ?

Pourquoi ne pas publier le détaillé ?

Et, sans surprise, le 22 février 2009 La Tribune titre "Nouvelle polémique autour des prix des produits de grande consommation " :

A la veille d'une réunion à Bercy sur des prix "trop élevés" dans les hypermarchés, l'Institut national de la consommation (INC) montre que sur les sites internet aussi, les étiquettes des produits de grande consommation flambent. [...]

Une étude réalisée il y a 12 mois par l'INC avait mis en exergue une flambée des prix des produits laitiers et céréaliers sur internet, qui avait suscité une polémique et incité le gouvernement à mettre en place un Observatoire des prix et des marges. Cependant, l'Observatoire se limite à publier les prix dans la grande distribution et reste silencieux sur les marges.

Bref, l'INSEE et l'INC, deux organismes a financement public, payent leurs employés chacun dans leur coin pour faire des relevés de prix, fabriquent des paniers ajustés on ne sait trop comment et publient des indices "divers". Le bénéfice pour le public ? Aucun. A part pour les amateurs de polémiques stériles par construction.

Il y a pourtant une solution simple, soucieuse a la fois de la dépense de l'argent public, des bénéfices qu'en tire ce même public et qui pourrait sans doute redorer le blason de l'INSEE : publier le détail des prix et des ajustements de qualité de l'INSEE. Un simple fichier zip sur un site web, cout marginal zéro et des informations utiles pour tous les contribuables français et un débat qui pourra au moins se baser sur des informations et pas sur des rumeurs ou non dits.

jeudi 29 mai 2008

Corruption chez Transparency International

Transparency International se présente comme une ONG dédiée à la lutte contre la corruption.

Le dernier document publié par TI s'intitule 2008 Report on Revenue Transparency of Oil and Gas Companies et il classe les compagnies pétrolières avec un indice de transparence. Or d'après le blog Oil Wars et Calvin Tucker sur Guardian Comment is free, deux auteurs "pro-Chavez", les données de transparence sur la compagnie vénézuelienne du pétrole PDVSA sont tout simplement ... bidonnées.

En cliquant sur "information financieres" sur le site de la compagnie PDVSA on trouve ce document qui page 127 mentionne 22 milliards USD de royalties payées a l'état du Venezuela en 2007 alors que sur la page 63 du rapport de TI a la colonne "N36" (définition page 44) sur la ligne "PDVSA" on trouve zéro c'est a dire que PDVSA ne publierai pas le montant ... des royalties. Oui: celui que je viens de citer ...

Au final après une longue liste d'erreurs du même genre et dans le même sens, page 15 du rapport de TI la compagnie PDVSA est bien sur classée parmis les compagnies pétrolière les moins transparentes du monde.

A ma connaissance pas de reprise dans les médias de cette information qui pourrait éclairer le fonctionnement fort opaque de cette ONG très très médiatique.

Tout comme les deux bloggers ci-dessus je viens d'écrire un email a TI en demandant quel est leur point de vue sur cette affaire.

mercredi 30 janvier 2008

Propriété intellectuelle et vie privée

Le communiqué de presse d'un jugement préliminaire de la CJCE sur les mesures techniques de protection et la protection de la vie privée :

Ajout 20080203 1505 : extraits de l'arrêt :

[...] 70 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de répondre à la question posée que les directives 2000/31, 2001/29, 2004/48 et 2002/58 n’imposent pas aux États membres de prévoir, dans une situation telle que celle de l’affaire au principal, l’obligation de communiquer des données à caractère personnel en vue d’assurer la protection effective du droit d’auteur dans le cadre d’une procédure civile. Toutefois, le droit communautaire exige desdits États que, lors de la transposition de ces directives, ils veillent à se fonder sur une interprétation de celles-ci qui permette d’assurer un juste équilibre entre les différents droits fondamentaux protégés par l’ordre juridique communautaire. Ensuite, lors de la mise en œuvre des mesures de transposition desdites directives, il incombe aux autorités et aux juridictions des États membres non seulement d’interpréter leur droit national d’une manière conforme à ces mêmes directives, mais également de ne pas se fonder sur une interprétation de celles-ci qui entrerait en conflit avec lesdits droits fondamentaux ou avec les autres principes généraux du droit communautaire, tels que le principe de proportionnalité.

71 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.

Par ces motifs, la Cour (grande chambre) dit pour droit:

Les directives 2000/31/CE du Parlement européen et du Conseil, du 8 juin 2000, relative à certains aspects juridiques des services de la société de l’information, et notamment du commerce électronique, dans le marché intérieur («directive sur le commerce électronique»), 2001/29/CE du Parlement européen et du Conseil, du 22 mai 2001, sur l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information, 2004/48/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, relative au respect des droits de propriété intellectuelle, et 2002/58/CE du Parlement européen et du Conseil, du 12 juillet 2002, concernant le traitement des données à caractère personnel et la protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques (directive vie privée et communications électroniques), n’imposent pas aux États membres de prévoir, dans une situation telle que celle de l’affaire au principal, l’obligation de communiquer des données à caractère personnel en vue d’assurer la protection effective du droit d’auteur dans le cadre d’une procédure civile. Toutefois, le droit communautaire exige desdits États que, lors de la transposition de ces directives, ils veillent à se fonder sur une interprétation de celles-ci qui permette d’assurer un juste équilibre entre les différents droits fondamentaux protégés par l’ordre juridique communautaire. Ensuite, lors de la mise en œuvre des mesures de transposition desdites directives, il incombe aux autorités et aux juridictions des États membres non seulement d’interpréter leur droit national d’une manière conforme à ces mêmes directives, mais également de ne pas se fonder sur une interprétation de celles-ci qui entrerait en conflit avec lesdits droits fondamentaux ou avec les autres principes généraux du droit communautaire, tels que le principe de proportionnalité.

Jean-Baptiste Soufron conclut sur son blog :

[...] To sum it up, Copyright should always be secondary to civil liberties and privacy protection.

Whatever national law might pretend.

Dans une procédure civile dans l'UE, les ayant-droit ne peuvent invoquer le droit européen pour s'affranchir des protections garanties de la vie privée.

En Suisse (hors UE donc), la société Logistep AG s'est d'ailleurs fait taper sur les doigts pour passer par le pénal pour obtenir l'identité des P2Pistes pour immédiatement laisser tomber les poursuites pénales et passer au civil :

[...] Conclusion du Préposé

Le Préposé constate que le traitement de données effectué par Logistep AG ne respecte pas les principes de la loi sur la protection des données et qu’il n’existe aucun motif permettant de justifier un tel traitement des données. Ceci est notamment le cas parce que les détenteurs du droit d’auteur abusent du droit d’accès aux dossiers pour contourner le secret des télécommunications dans le domaine du droit privé.



Pour ces raisons, le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence recommande à la société Logistep AG de mettre fin immédiatement au traitement de données qu’elle effectue. La société communiquera au PFPDT, dans les 30 jours qui suivent la réception de la recommandation, si elle l’accepte ou la rejette. Si la recommandation est rejetée ou n’est pas suivie, le PFPDT peut porter l’affaire devant le Tribunal administratif fédéral pour décision.

La réponse de Logistep AG transmise au journal Le Matin

Le dimanche 20 janvier 2008, le journal suisse Le Matin publiait la première réponse de cette société. Le directeur de Logistep AG, Richard M. Schneider, se voulait confiant: «Le préposé peut bien faire des recommandations, mais il n'est pas habilité à faire la loi dans ce domaine.»

À suivre donc.

mardi 22 janvier 2008

Attali et propriété intellectuelle

D'après l'AFP :

L'éditeur du rapport de la commission Attali sur la croissance, Bernard Fixot, a indiqué lundi à l'AFP qu'il allait déposer plainte contre Les Echos pour "vol, recel et contrefaçon", après que le site internet du journal a mis en ligne le rapport vendredi.

Ce rapport sur la libération de la croissance de 350 pages doit être remis officiellement au président Nicolas Sarkozy mercredi, mais les Echos l'avaient mis en ligne dès vendredi matin dans sa version quasi définitive.

Les Echos ont néanmoins "dû se résoudre, en fin d'après-midi, sous peine de poursuites judiciaires, à retirer du site la version intégrale de ce document", explique pour sa part sur son site le quotidien économique, qui défend son "devoir d'informer le plus complètement possible" [...]

La nouvelle sur le site Les Echos.

Marianne s'interroge :

[...] Question : mais comment se fait-il que le rapport Attali, d'intérêt public et fruit d'une commission mise en place par l'Elysée, soit publié par un éditeur privé ? [...]

Selon Attali donc rendre un rapport financé par l'argent du contribuable - qui a permis au 0.1% des français les plus riches d'exprimer leur vues sur la politique, il est vrai que cette population manque cruellement d'accès médiatique - "disponible auprès d'un large public" veut dire ne publier qu'une édition papier par une maison d'édition amie du prince (alors que la documentation française s'en charge pour de nombreux rapports) et surtout ne pas mettre une version electronique gratuite en ligne car il est vrai que presque personne n'a un acces internet en France.

De bon augure pour le rapport : plus de corruption et moins de transparence pour l'état ?

Lire aussi "Quand la commission Attali encourage la croissance... de l'éditeur de Sarkozy !" sur Les mots ont un sens :

[...] Résumons : le rapport issu d'une commission D'INTERÊT PUBLIC (ou présenté comme telle), commandé par le président Sarkozy et payé par le PUBLIC, se retrouve être la propriété d'une société d'édition PRIVEE ! A ne plus rien y comprendre... ? Sauf que la société d'éditions s'appelle XO Editions et qu'elle a publié les ouvrages de Nicolas Sarkozy « Témoignage », « Ensemble ». Et maintenant, ça devient plus clair ?! [...]

Via rescape_l.

Ajout 20080124 0028: le PDF du rapport Attali est disponible en ligne. A noter les mentions légales :

Ce blog utilise l'application libre DOTCLEAR.

Il est hébergée sur un serveur LAMP, Linux/Apache/PHP/MySQL.

Sa réalisation éditoriale a été assurée par le Service de la Communication du ministère de l'Economie, des finances et de l'emploi et du ministère du Budget, des comptes publics et de la fonction publique.

La "décision 58" concerne le monde du logiciel, ma première impression est qu'il y a une grosse confusion dans les chiffres mais vu qu'il n'y a pas de source ni de définition pour les chiffres annoncés il est difficile de savoir de quoi parle le rapport sur le sujet.

lundi 20 août 2007

Oseille, blé et crise financière

Via les billets oseille et blé j'ai exposé sur ce blog les rudiments des mécanismes qui régissent la création monétaire qui sont utilisés en pratique dans la plupart des pays. En particulier le fait que ce sont les banques commerciales classiques et non les banques centrales qui créent de la monnaie lorsqu'elles emettent des prêts, et cela en contrepartie du suivi d'un certain nombre de règles prudentielles et de la surveillance (supposée active) du régulateur.

Le monde de la finance et des banques est actuellement sous les feux de l'actualité à travers ce qu'on appelle la crise du "subprime". Diverses analyses sont disponibles sur la blogosphère française, notamment :

Mais ces billets n'abordent pas l'historique de la situation du point de vue de l'évolution des produits financiers impliqués.

Premère étape : un banquier comme Charles va prêter de l'argent à Alice pour l'achat d'une maison pour une durée déterminée et Alice s'engage à rembourser une somme appropriée tous les mois. Si jamais Alice n'arrive pas à payer elle va discuter avec Charles pour par exemple allonger la durée du prêt en échange de mensualités plus faibles. Charles va donc faire attention d'une part à la capacité de remboursement d'Alice mais aussi et c'est très important à la valeur actuelle et future de la maison d'Alice car si cela se passe vraiment mal le banquier va forcer la vente la maison pour récupérer tout ou partie l'argent prêté.

Sur les comptes de la banque de Charles on trouve donc le prêt à Alice et cet actif financier comporte des risques liés aux aléas de la vie d'Alice et des prix de l'immobilier, risques portés par Charles et surveillés par le régulateur.

Deuxième étape : ce prêt limite Charles dans ses nouveaux prêts à cause des régulations, il a donc pour pouvoir prêter plus fini par inventer un procédé qu'on appelle une titrisation. Il va fabriquer un bout de papier qui détaille de prêt d'Alice, y coller un prix, en général assez proche du montant actualisé du prêt et tout simplement le revendre à un investisseur intéressé par un produit à revenu fixe, ici David. Charles le banquier récupère donc de l'argent frais qu'il peut prêter à nouveau et David à une source de revenu et c'est lui qui maintenant dépend des aléas de la vie d'Alice et des prix de l'immobilier. Bien sur en pratique les banquiers ne revendent pas un seul prêt mais plusieurs milliers de prêts inclus dans le même papier.

Une fois la vente du titre effectuée le banquier Charles ne dépend plus des aléas du prêt, il a donc entièrement revendu son risque, ce qui est en général bien vu de ses actionnaires et du régulateur.

Troisième étape : Bob arrête de vendre des navets et monte un fond spéculatif, un "hedge fund". Il est interessé par le papier que David a acheté a Charles et il vient voir Charles pour obtenir un effet de levier via un prêt disons 20 fois plus gros que son apport initial. Charles est d'accord et prête de l'argent à Bob qui rachéte donc comme prévu le papier à David, financé à 95% par le prêt de Charles et à 5% par son apport. La garantie du prêt auprès de Charles est le papier de David. Charles se dit que si ça va mal pour Bob, il reprend le papier et le revend sur le marché de ce type de papier. Charles en acceptant ce prêt a au passage diminué sa capacité à prêter à d'autres.

Une fois le prêt effectué au fond de Bob, le banquier Charles se retrouve donc lié avec les aléas de la vie d'Alice et des prix de l'immobilier ! Du point de vue du risque c'est un peu le retour à la case pour le banquier départ sauf qu'en pratique Charles en sait bien moins sur Bob et sur Alice que dans la situation initiale, et de même le régulateur n'y voit plus grand chose (les fonds spéculatifs sont par définition opaques).

Ironique comme évolution, non ? Un vrai jokari financier.

En quoi cette évolution est liée à l'actualité ?

Le papier "Midsummer Meltdown" par Dean Baker (PDF) explique qu'en regardant des historiques longs (un siècle) de prix de l'immobilier aux USA on peut estimer que la surrévaluation du patrimoine immobilier est de l'ordre de 70% soit entre 4 et 8 trillions USD (un trillion = 1.0E12) soit pour référence entre 30 et 60% du GDP USA. Le retour à la normale des prix va donc détruire beaucoup de valeur supposée et va de plus selon Dean Baker se traduire par une réduction substantielle de la consommation, et si cela se produit rapidement par une récession sévère. Voir aussi Nouriel Roubini pour un point de vue similairement pessimiste.

Donc il y a de très gros doutes sur la véritable valeur des papiers liés à l'immobilier USA. Qui dit doutes dit que plus personne ne veut acheter ces papiers (au moins certains d'entre eux) et que donc plus personne ne peut les vendre et de plus les banquiers qui ont prêté deviennent nerveux. Donc Bob et Charles sont coincés avec leur papier et peu d'argent frais (capacité à réinvestir ou à reprêter respectivement).

Le reste de l'histoire, et ce qui a sans doute amené les banques centrales à intervenir, est bien décrit par les billet ci-dessus.

Pour une version en anglais basée sur les dépêches d'actualité lire "Commercial paper market: hidden time bomb?" chez RIIP.

J'ai malheureusement le privilège d'être presque le seul à dénoncer la supercherie qui consiste à ne parler que de la dette des états et à oublier les dettes des autres acteurs de l'économie, (re)lire mon billet les dettes vs la dette. Un simple extrait des documents cités dans ce billet de novembre 2006 : de fin 1999 a fin 2006 la dette des ménages aux USA a doublé en passant d'approximativement 50% du PIB a 100% du PIB, tandis que la dette des ménages français est passée de 34% du PIB a 46.1% du PIB soit une augmentation 4 fois moindre relativement au PIB sur la période. Les dettes des états ont comparativement peu évolué mais les médias et les économistes ne parlent que de la dette des états, allez savoir pourquoi.

Les banques centrales et les régulateurs ont normalement pour mission de surveiller et réguler les prêts des banques en plus de l'activité bien plus médiatique de contrôle des taux d'intérêts à court terme. Beaucoups reprochent à Alan Greenspan sa politique de taux bas (qui encourage à faire plus de prêt).

Je pense que sa grosse erreur a été de pousser l'idée que les régulations sont à éviter. Je cite un de ses discours en 2002 "Regulation, Innovation, and Wealth Creation" :

[...] But regulation is not only unnecessary in these markets, it is potentially damaging, because regulation presupposes disclosure and forced disclosure of proprietary information can undercut innovations in financial markets just as it would in real estate markets. [...]

Moins de transparence et de régulation dans les marchés financiers et immobiliers ?

Ajout 20070826 0019 : un billet sur la régulation bancaire chez Gizmo : "Accords de Bâle 2 ou accords à deux balles ?".

Et un petit nouveau dans le club des pays ou la dette des ménages dépasse les 100% du PIB : le Royaume-Uni, lire l'article du Guardian du 20070823 "Consumers' debt overtakes gross domestic product"

Britain's live-now-pay-later culture has left the amount owed on consumer debt exceeding the annual output of the economy for the first time, experts in insolvency reveal today. A report by the consultancy firm Grant Thornton found that debts on mortgages, overdrafts and credit card balances had risen to £1,345bn - higher than the UK's 2007 expected gross domestic product. [...]

Je n'ai pas vu nos cher médias se faire écho de cette petite particularité du "succès économique" outre-manche, mieux vaut continuer à parler de la dette publique sans parler des autres dettes...

Ajout 20070901 1005: Via Calculated Risk une dépêche reuters sur les conséquences dramatiques du manque de transparence par le président de Moody's :

The credit market is experiencing an unprecedented loss of confidence due to the lack of transparency over where exposures lie rather than underlying credit quality problems, Moody's Investors Service President Brian Clarkson said on Thursday.

"I've been in the marketplace for 20 years ... what we're experiencing is an extreme lack of confidence and lack of liquidity. I have never seen this before," Clarkson told Reuters in an interview. "A lot of it has to do with transparency: it's not clear who owns what."

vendredi 11 mai 2007

Le conseil constitutionnel revient sur le vote électronique

Le conseil constitutionnel a publié le bilan technique du second tour des élections présidentielles 2007, d'abord les résultats :

Électeurs inscrits : 44 472 733

Votants : 37 342 004

Suffrages exprimés : 35 773 578

Majorité absolue : 17 886 790

Ont obtenu :

Monsieur Nicolas SARKOZY : 18 983 138 53,06 % des exprimés

Madame Ségolène ROYAL : 16 790 440 46,94 % des exprimés

Blancs et nuls (votants – exprimés) 1 568 426

Abstentions (inscrits – votants) 7 130 729

Taux d'abstention 16,03 %

Taux de participation 83,97 %

Les résultats détaillés sont sur le site du ministère de l'intérieur.

Mais plus important, un tout petit peu de bon sens commence a faire surface :

[...] Dès avant le premier tour, le Conseil constitutionnel a publié un communiqué rappelant que les machines à voter présentaient toutes garanties contre les détournements et les fraudes et mettant en garde contre la hantise irrationnelle de leur dévoiement.

D'où vient alors la persistance des réticences constatées au second tour ?

Certes, l'acharnement déployé dans certains milieux pour jeter le doute sur la crédibilité du vote électronique, suggérer l'existence d'une fraude concertée et inciter au contentieux (des modèles de recours en référé et de réclamations étant diffusés sur Internet) laisse perplexe quant aux mobiles de leurs instigateurs.

Il n'en reste pas moins que beaucoup d'électeurs de bonne foi éprouvent eux-aussi un malaise.

Celui-ci semble avoir une cause beaucoup plus psychologique que technique.

L'usage de l'urne et des bulletins, le dépouillement manuel rendent palpables et familières les opérations électorales. Un contrôle mutuel, visuel, est rendu possible par la présence physique des scrutateurs.

Allons plus loin : la participation aux opérations qui se déroulent dans un bureau de vote, que l'on soit assesseur, scrutateur ou simple électeur, associe les citoyens à une sorte de liturgie républicaine.

L'intrusion des machines à voter dépossède les citoyens de tout cela. Elle rend opaque ce qui était visible. Elle leur confisque un sacerdoce partagé. Elle met fin à une « communion citoyenne ». Elle prive le corps électoral de la surveillance collective des opérations dans lesquelles s'incarne le suffrage universel. Elle rompt le lien sensoriel et symbolique que la pratique « manuelle » du vote et du dépouillement avait tissé.

N'est-ce pas cela, au fond d'eux-mêmes, que reprochent leurs détracteurs aux machines à voter ? Et si tel est le cas, les apaisements techniques sont vains.

Il ne s'agit pas, bien sûr, de condamner l'usage des machines à voter, mais de tenter de comprendre les ressorts profonds et dignes de considération de la résistance qu'elles rencontrent. Dans ce domaine, comme dans tant d'autres, la société contemporaine doit apprendre à mettre en œuvre le progrès sans sacrifier la tradition. [...]

J'ai encore un peu de mal "priver le corps électoral de la surveillance des opérations" n'est pas clairement marqué comme inconstitutionnel. A quand le progrès ultime : un ordinateur au ministère de l'intérieur décide secrêtement du résultat de l'élection ? Qui pourrait douter de la sincérité et du dévouement de nos fonctionnaires ?

Le lien mis en oeuvre lors du vote papier n'est en rien symbolique : il est le fondement de la légitimité du résultat du vote. En cela le conseil constitutionnel se trompe toujours dans une opposition livresque des anciens et des modernes, sachant de plus que les anciens ici sont constitués de ceux qui pratiquent quotidiennement à la pointe du progrès dans le secteur considéré. Et que certains de ces mêmes acharnés valident le fonctionnement du vote électronique traçable, comme par exemple mis en place au vénézuela. Il ne s'agit donc en aucun cas d'une opposition à la modernité comme le prétends ici le conseil constitutionnel.

Sur un détail de langage, l'article 3 de la constitution française dit :

Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret.

Alors que le conseil constitutionnel annule une élection papier pour le simple motif que l'urne n'est pas transparente. Y-a-t'il égalité entre les votants qui peuvent controler le déroulement d'une election papier et ceux qui sont privés de ce droit ?

Pour rappel mon dernier billet sur le sujet des ordinateurs de vote :

Les machines à voter sans trace papier restent une boite noire complète : le dépouillement est équivalent à l'envoi de l'urne opaque à une société privée qui communique les résultat et détruit toute trace.

C'est clairement la porte ouverte à toutes les manipulations, et à grande echelle.

Toute la tradition française d'organisation des elections, l'urne transparente, les citoyens qui comptent les votes est la pour prévenir l'éventualité d'une manipulation, devrait avoir plus de poids dans les reflexions sur le sujet.

La "suspicion" est le fondement du code électoral, et elle est légitime !

La pétition pour le maintien du vote papier en est a plus de 85000 signatures, n'oubliez pas de la signer.

Ajout 20070601 2032 : lire la causerie APRIL avec Pierre Muller du site ordinateur-de-vote.

lundi 2 avril 2007

Vote électronique suite

Benoit Sibaud nous fait un compte-rendu de la réunion préparatoire de formation pour les présidents de bureau de vote accompagnés de leur vice-président d'Issy-les-Moulineaux, je cite ses remarques :

[...] Sur la formation : trop de personnes simultanément, dans un lieu inadapté, et dans un délai trop court qui n'a pas permis de voir tout ce qui était prévu. D'ailleurs le personnel administratif a lui été formé en 1 journée complète.

Sur la fiabilité technique : 1 ordinateur sur 10 qui ne s'initialise pas au premier coup, (au moins) 1 boîtier de contrôle qui ne fonctionne pas pendant une partie du temps, des P.V. imprimés qui varient suivant les machines (caractères affichés correctement ou non). Si les mêmes proportions sont déclinées sur 58 machines dans 40 bureaux, en conditions réelles avec les électeurs, les assesseurs et les présidents auront besoin de calme (aux bips des machines près), patience et sérénité comme disait le formateur... Et les électeurs aussi.

Sur les aspects logiciels : un logiciel mal traduit (messages qui débordent, phrase alambiquée parlant de « résumé » pour « to resume »), mal régionalisé (problème d'impression des caractères accentués) et donc mal testé... Des comportements qui varient suivant les ordinateurs.

Sur l'ergonomie : la confusion entre les boutons ellipse verte et losange vert, la motion « Insérez BIP » avec une grande flèche quand il ne faut pas insérer le BIP, l'écran tactile pour un vote en braille, etc., me laissent dubitatif sur l'ergonomie globale.

Sur le contrôle : pas de contrôle possible, fonctionnement en boîte noire côté matériel et logiciel, journal non contrôlé par le bureau, P.V. ne mentionnant pas les bulletins supprimés, la fonction de recomptage est totalement illusoire, etc. Pas de contrôle pour le citoyen, pas de contrôle pour le président ou les assesseurs (qui ont malgré tout les P.V. à signer).

Entre les soucis techniques, la complexité des opérations et le temps pris par les différentes opérations, beaucoup de participants m'ont semblé inquiets pour le déroulement des élections. Il est clair que le vote électronique par ESS iVotronic n'est pas plus simple pour les membres du bureau de vote.

Le vote electronique tel qu'il est proposé partout en France est equivalent a envoyer l'urne opaque a une entreprise de comptage qui renvoie les comptes et detruit toute trace, merci au revoir.

Bref, je me demande ce que vont faire les assesseurs honnêtes en face de la boite noire qui gère entièrement l'election dans la plus totale opacité ... Si vous êtes dans ce cas, n'oubliez de mentionner vos doutes dans les PV.

Références :

[...] Ce problème mérite sans doute un plus ample débat qu'un rapide bavardage sur les altérations de mémoire par les rayons cosmiques. Nous attendons des explications de la part des fabricants et importateurs de ces matériels, et nous attendons de la presse scientifique et technique qu'elle représente les divers arguments techniques sur la question.

[...] Que le Conseil ne s’estime pas le mieux placé pour prendre en considération, dans un contentieux, des éléments techniques (voir notre article précédent) qui pourraient avoir des conséquences sur la constitutionnalité d’une pratique évolutive, cela peut se comprendre. Qu’il considère le législateur comme seul compétent pour revenir sur la norme qu’il a posée en 1969 à la suite d’une appréciation de fond et des expertises nécessaires est certainement sage. Mais laisser à penser que, en l’état actuel des caractéristiques de ces machines et des atteintes aux principes essentiels de transparence, de sincérité et de confiance qui conditionnent la légitimité du vote démocratique, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes juridiques possibles pourrait bien être qualifié par certains de tentative de désinformation par usage d’un argument d’autorité.

Enfin, signez la pétition pour le maintien du vote papier du site Ordinateurs-de-vote.org (plus de 37 000 signatures au 20070402).

mardi 20 février 2007

Dette, fraude fiscale et politique

Dans le journal Les echos, on peut lire un article intitulé "La fraude fiscale et sociale atteint de 29 à 40 milliards selon le Conseil des prélèvements obligatoires", je cite :

Le Conseil des prélèvements obligatoires chiffre la fraude fiscale et sociale entre 1,7 % et 2,3 % du produit intérieur brut. Il prône une coopération renforcée entre administrations et la création d'un office européen de lutte contre la fraude, sur le modèle d'Europol.

Combien coûte la fraude en France ? C'est à cette question populaire et pourtant assez mal documentée que s'est attaché le premier rapport du Conseil des prélèvements obligatoires (PO), rattaché à la Cour des comptes et installé il y a un an sur les fondations du Conseil des impôts (lire ci-dessous). Intitulé « La fraude aux prélèvements obligatoires et son contrôle », le rapport, qui doit être rendu public le 1er mars et que « Les Echos » se sont procuré, rappelle en préambule que « la fraude aux prélèvements obligatoires est certainement le délit qui, en termes financiers, fait le plus de victimes ».

Critiquant « des travaux d'estimation de la fraude balbutiants, et, en tout état de cause, imprécis », ce rapport de 250 pages évalue l'ensemble des « fraudes et irrégularités » (de bonne ou mauvaise foi) dans une fourchette, jugée d'emblée « plutôt basse », de 29,1 à 40,2 milliards d'euros, soit de 1,7 % à 2,3 % du PIB. Les deux tiers sont imputables aux impôts : 4,3 milliards d'euros pour l'impôt sur le revenu, 4,6 milliards pour l'impôt sur les sociétés, entre 7,3 et 12,4 milliards pour la TVA, etc. Le tiers restant concerne les prélèvements sociaux, essentiellement au travers des non-cotisations liées au travail au noir (entre 6 et 12 milliards d'euros). Si le rapport ne veut pas associer ces montants à l'idée d'une nouvelle « cagnotte » budgétaire, ni au débat électoral sur le niveau des prélèvements obligatoires, le montant est équivalent au déficit budgétaire de l'Etat, à savoir 36,5 milliards d'euros l'an dernier. [...]

Ces chiffres ont été repris mollement par la presse (deux heures de présence sur la page web du Monde, pas vu sur Libération), cela ne doit sans doute pas être important dans le débat pour la campagne de l'élection présidentielle, il est vrai qu'il y a tellement à gagner en faisant peur aux électeur avec "la" dette - en savoir plus sur le sujet "la" vs "les" dettes. Il ne faut pas perturber les électeurs avec des informations.

Je n'ai vu aucun journaliste mettre en perspective ce rapport avec les chiffres publics de recouvrement déja commentés sur ce blog dans le billet "Politique fiscale et transparence" il y a deux semaines :

Donc, en supposant que le chiffre de 14.6 milliards d'euros d'impôts récupérés par l'administration fiscale lors de ces controles se maintienne sur 2006, son total représente 40% du déficit budgétaire !

Le conseil estime donc la fraude totale a seulement un peu plus de deux fois plus celle effectivement découverte par le fisc, d'ou sans doute le commentaire d'estimation basse. Je rappelle les chiffres publics : 75 a 80% du montant de la fraude recouvrée vient des entreprises (TVA, etc ...) qui sont controlées en moyenne une fois tous les 74 ans.

Ce rapport sera rendu public le 1er mars d'après Les echos, ce qui veut dire en général distribué à la cour du roi, pardon la presse (enfin celle qui n'est pas suffisamment proche du roi pour l'avoir avant). Le PDF sera sans doute disponible pour les citoyens d'en bas seulement après un délai supplémentaire.

dimanche 4 février 2007

Un an de blog

Il y a un peu plus d'un an maintenant que ce blog est ouvert. Depuis 128 billets et 984 commentaires ont été écrits par 123 auteurs (par nom, 212 par adresse IP). Sur ces 984 commentaires, 403 sont du propriétaire, une douzaine de contributeurs dépassent les 10 commentaires (et un est presque à 100 :) et 11 billets dépassent les 20 commentaires (dont Inflation et transparence pour lequel j'ai fait du bruit sur d'autres blogs et une version agoravox).

D'après Google Analytics en janvier 30% des visites étaient directes et 15% via un moteur de recherche, les visites concernant aussi les vieux billets. Les visites font en moyenne 1.7 pages vues.

L'audience de ce blog reste confidentielle, d'après Google Analytics et Site Meter autour de 1500 visiteurs uniques par mois, en pratique une cinquantaine par jour et une centaine quand j'écris un billet. Au niveau accès RSS et Atom, en janvier 975 IP uniques se sont connectées dont 118 plus de trente fois, netvibes indiquant 38 souscripteurs, bloglines 15, et feedburner 10.

D'après ma famille, le contenu est trop souvent "technique" (trop de "chiffres") pour intéresser une audience plus large. Les billets de "vulgarisation" comme salades et tomates sont par contre appréciés (la série va continuer avec nos héros Alice et Bob). Certains de mes collègues (dont mon chef :) lisent ce blog et m'en parlent de temps en temps.

Ma blogroll a maintenant 254 liens et d'après technorati ("rank" autour de 80 000 maintenant) 45 blogs lient vers le mien. Je rajoute par principe un lien vers les blogs auxquels je participe ou qui font un lien vers le mien.

Au niveau politique éditoriale en pratique je ne censure pas les commentaires (vous pouvez cependant me demander par courriel de corriger un de vos posts) et je suis très content du niveau des discussions : il y a souvent plus de contenu et de liens dans les commentaires que dans le billet original. Je m'efforce de répondre aux commentaires, et tous les billets restent ouverts (il n'y a pas de SPAM, cf la lutte finaaale et on vous spamme on vous spolie pour la méthode).

Si vous avez écrit sur le thème d'un billet ou qui pourrait m'intéresser n'hésitez pas à rajouter un commentaire avec un lien sur ce blog (les trackbacks ayant assez souvent des problèmes d'affichage), éventuellement sur le dernier billet même en hors-sujet. Je sais que certains n'apprécient pas cette pratique mais personnellement je n'y vois aucun inconvénient, ce blog est un lieu de discussion ouvert.

Merci encore aux commentateurs et aux lecteurs de ce blog !

C'est donc parti pour une année de plus.

mardi 30 janvier 2007

Politique fiscale et transparence

Le site impots.gouv.fr est maintenant bien contenu des contribuables français pour sa déclaration d'impôt en ligne.

Un peu moins connu sans doute, Jean-Marie Lapeyre nous rappelle ici (pdf) et la (pdf) que les logiciels libres et une optique de service ont joué un rôle majeur dans la modernisation de l'administration fiscale, et bien d'autres administrations.

Et enfin, bien caché dans le plan du site on trouve une très respectable section statistique :

Je vais commenter ici l'illustre tableau 49 année civile 2005 (xls) intitulé "Résultats du contrôle fiscal en droits nets de 1995 à 2004" téléchargé ce jour. Tremblez chaumières le fisc débarque ! Après quelques manipulations sous gnumeric :

Année                    1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Montants                 10.3 12.1 13.2 14.4 13.6 13.7 14.1 14.2 14.5 14.6 (en milliards d'euros)
Dont particuliers        24%  22%  20%  18%  21%  21%  23%  23%  23%  26%
Dont entreprises         76%  78%  80%  82%  79%  79%  77%  77%  77%  74%
Par controle entreprise  162  170  146  144  154  140  152  167  162  180  (en milliers d'euros)
Par controle particulier 150  155  171  191  181  192  189  195  197  191  (en millers d'euros)

Pour mettre ces chiffres en perspective, le déficit budgétaire de l'état en 2006 est de 36.5 milliards d'euros soit autour de 2.7% du PIB selon l'estimation du ministre de l'Economie, Thierry Breton le 18 janvier 2007 lors de ses voeux à la presse.

Donc, en supposant que le chiffre de 14.6 milliards d'euros d'impôts récupérés par l'administration fiscale lors de ces controles se maintienne sur 2006, son total représente 40% du déficit budgétaire !

Le nombre total de controles sur place oscille autour de 50 000 par an avec une pointe en 1997 a 52 180 controles. Il y a environ 3.35 millions d'entités redevables de la TVA (a peu près le nombre d'entreprises je suppose) pour 45 000 controles, soit un controle tous les 74 ans en moyenne et 35 millions de foyers fiscaux pour 5 000 controles, soit un controle tous les ... 7000 ans en moyenne. Le nombre de controle sur pièce ou l'administration fiscale ne se déplace pas et demande simplement un rappel n'est pas précisé.

En 2004, un déplacement pour controle sur place rapporte en moyenne un peu plus de 180 000 euros. La distribution n'est pas disponible, mais on ne peut pas dire que l'administration ne se déplace pour rien. Je n'ai pas trouvé non plus le cout associé aux salaires des fonctionnaires dont l'activité est le controle fiscal pour mettre en balance (je suis preneur).

Sur le sujet de la fiscalité des particuliers voici un petit article de loi méconnu : le L111 du CGI, je cite :

I. Une liste des personnes assujetties à l'impôt sur le revenu, ou à l'impôt sur les sociétés est dressée de manière à distinguer les deux impôts par commune pour les impositions établies dans son ressort. Cette liste est complétée par l'indication des personnes physiques ou morales non assujetties dans la commune à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés mais y possédant une résidence. La liste est tenue par la direction des services fiscaux à la disposition des contribuables qui relèvent de sa compétence territoriale. L'administration peut en prescrire l'affichage. Les contribuables qui ont plusieurs résidences, établissements ou exploitations, peuvent demander, en souscrivant leur déclaration, que leur nom soit communiqué aux directions des services fiscaux dont dépendent ces résidences, établissements ou exploitations. La liste concernant l'impôt sur le revenu est complétée, dans les conditions fixées par décret, par l'indication du nombre de parts retenu pour l'application du quotient familial, du revenu imposable et du montant de l'impôt mis à la charge de chaque redevable.

I bis. Une liste des personnes assujetties à la taxe départementale sur le revenu est dressée par commune pour les impositions établies dans son ressort. Cette liste est complétée par l'indication des personnes physiques pour lesquelles il n'est pas établi d'imposition à la taxe départementale dans la commune mais qui y possèdent une résidence. La liste est tenue par la direction des services fiscaux à la disposition des redevables de la taxe départementale qui relèvent de sa compétence territoriale. L'administration peut en prescrire l'affichage. La liste concernant la taxe départementale sur le revenu est complétée, dans des conditions fixées par décret, par l'indication du revenu imposable, du montant de l'abattement pour charges de famille, du montant de l'abattement à la base et du montant de la cotisation mise effectivement à la charge de chaque redevable.

I ter. L'administration recueille, chaque année, les observations et avis que la commission communale des impôts directs prévue à l'article 1650 du code général des impôts peut avoir à formuler sur ces listes. La publication ou la diffusion par tout autre moyen, soit des listes prévues ci-dessus, soit de toute indication se rapportant à ces listes et visant des personnes nommément désignées est interdite, sous peine de l'amende fiscale prévue à l'article 1762 du code précité.

II. Les créanciers d'aliments dont la qualité est reconnue par une décision de justice peuvent consulter les listes mentionnées aux I et I bis détenues par la direction des services fiscaux dans le ressort de laquelle l'imposition du débiteur est établie.

Je n'ai jamais essayé de faire valoir ce droit. En regardant la table des déclarations de revenus pour Paris (xls) dans mon arrondissement (75002) il y a 679 foyers fiscaux avec un revenu par tranche plus de 78 000 euros (le revenu moyen par foyer de cet ensemble est autour de 10 000 euros par mois) et dans cette même catégorie 675 foyers fiscaux imposés, soit 4 petits malins non imposables :).

Toutes mes félicitations à l'administration fiscale qui mets des données intéressantes à la disposition de tous sans un filtre d'expert et sous les conditions minimales prévues par la loi, en évitant l'interdiction de redistribution totalement gratuite de la BNF pour les documents du domaine public digitalisés ou pire celle de légifrance. Je cite les conditions pour l'annuaire 2005 dont les chiffres de ce billets sont tirés :

Les données fournies par la Direction générale des impôts sur son site internet sont gratuites et peuvent être utilisées dans les conditions et limites fixées par la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978.

Je cite l'article 12 de la loi en question :

Sauf accord de l'administration, la réutilisation des informations publiques est soumise à la condition que ces dernières ne soient pas altérées, que leur sens ne soit pas dénaturé et que leurs sources et la date de leur dernière mise à jour soient mentionnées.

Pour conclure le choix du nombre de controle fiscaux est bien sur un choix politique. Les taux d'imposition et de taxation officiels ne s'appliquent qu'à ceux qui sont honnêtes (et ceux qui se font prendre).

Au vu des montants de la fraude fiscale, il est raisonnable de penser qu'en poussant un peu de ce coté la, la puissance publique doit pouvoir entamer plus sérieusement le déficit public tout en renforçant la justice sociale via l'égalité devant l'impôt. Mon message aux politiques : plutôt que de manier l'épouvantail des changements de taux d'imposition et du déficit public, pensez à l'efficacité des controles et donc sans doute indirectement à la suppression des exceptions qui compliquent le code général des impôts.

Que pensez-vous du sujet fiscal en ces temps de campagne électorale ?

Ajout 20070203 1926 : Un billet sur la situation de l'administration fiscale aux USA par Max Sawicki

dimanche 28 janvier 2007

Vote électronique et transparence

Benoît Sibaud, président de l'APRIL et électeur à Issy-les-Moulineaux s'inquiéte du choix du maire de sa commune de l'installation de machines à voter électroniques, je cite :

À Issy-les-Moulineaux (France 92130), les citoyens n'auront pas le choix lors des élections présidentielles et législatives de 2007, ce sera vote électronique obligatoire. Étant moi-même Isséen et suivant la question du vote électronique, j'ai cherché à discuter avec les élus de ce point.

La solution technique retenue devrait être l'ordinateur de vote iVotronic de la société américaine ES&S, déjà connu pour divers problèmes dans le passé.

Les questions de manque de transparence, de fiabilité, de vérifiabilité et de recomptage impossible apparaissent rapidement lorsque l'on s'intéresse au vote électronique.

Vous trouverez sur cette page des échanges avec divers élus municipaux, des éléments d'argumentaire et des références vers d'autres documents sur le sujet du vote électronique. Vous pouvez aussi consulter les autres pages sur l'ordinateur de vote ES&S iVotronic et sur les dispositions légales. [...]

Pour mémoire, le député-maire d'Issy-les-Moulineaux est aussi co-président du groupe d'études « Internet, technologies information, commerce électronique ». [...]

L'autorisation d'utiliser ces machines en France a été donnée par le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, candidat UMP aux élections présidentielles, via l'arrêté du 17 novembre 2003.

Un membre de l'opposition socialiste municipale Laurent Pieuchot commente sur son blog :

Je suis conseiller municipal socialiste de la ville. L'ordre du jour du conseil du 1er février aura a délibérer sur l'achat de machines à voter pour tous les bureaux de vote de la ville.

L'opposition municipale n'a pas été associée à la procédure d'appel d'offre, contrairement à l'habitude et c'est seulement sur le résultat que nous aurons à nous prononcer. Il n'y aura donc eu aucun débat sur l'opportunité de passer au vote par machine. [...]

Pour le détail d'une affaire similaire, mais avec un modèle différent de machine, aux Pays-Bas voir le commentaire de Andreas Bogk sur l'article "Dutch E-Voting System Has Problems Similar to Diebold’s" du blog Freedom to Tinker , je cite :

Let me point out that there is in fact a confirmed radio emanation security problem in our paper. The LCD being used is character-based, and the driver chip has multiple sources of character bitmaps. Now it seems that these have different access latencies, as we observed that the refresh rate depends on the set of characters that are being displayed. The display refresh now generates a distinctive radio signal that is easily receivable using a commodity hand held radio scanner tuned to the right frequency. It’s possible to actually hear the difference between different refresh rates by ear, without doing any signal analysis at all.

Conveniently, the conservative party in the Netherlands, the “Christen Democratisch Apèl” is the only party with a special character in its name, and is the only one to get a different refresh rate. So it’s possible to find out who votes conservative with some off the shelf radio. That is a practical attack on the confidentiality of the vote. [...]

Pour plus d'informations voir le site Ordinateurs-de-vote.org (ex recul-democratique.org), dont le webmestre Pierre Muller a reçu le prix Voltaire de la vigilance aux Big Brother Awards France 2006 .

A mon humble avis, un des seuls protocoles viables autour des machines à voter est par exemple celui suivi au Vénézuéla : les machines, déconnectées du réseau pendant le vote, impriment un bulletin papier que l'électeur retire de la machine et dépose dans une urne "classique" associée à la machine à voter (et pour l'unicité du vote encre son doigt). A la fin du vote, les machines à voter impriment un resultat par candidat à N exemplaires (remis aux représentant locaux des candidats), puis sont mises sur le réseau pour une aggrégation nationale ce qui donne des résultats préliminaires très rapidement (et sans transport des urnes comme au Mexique). Ensuite plus de la moitié des urnes désignées par tirage au sort sont recomptées manuellement comme pour une élection classique.

Pour la France le gain en rapidité serait minime car en pratique les résultats quasi-définitifs tombent quelques heures après la fin des élections. Pour moi le seul véritable gain d'un vote électronique serait d'autoriser des méthodes de vote plus évoluées comme la méthode de condorcet par exemple, mais en suivant le protocole venezuélien.

En pratique les plus opposés au système de vote électronique sans trace papier sont ... les scientifiques et informaticiens. Et assez uniformément, les plus vibrants partisans d'autorisation de ces machines par le gouvernement en général sous un secret total sont ... les partis politiques de droite et les vendeurs de machines.

Allez-vous voter sur des machines cette année dans votre commune ?

Ajout 20070129 0040 : un billet de Benoît Sibaud sur linuxfr

Ajout 20070130 1250 : un billet chez Sid. Et un deuxième billet qui pointe vers un rapport d'expert sur les machines iVotronic ES&S en lice pour Issy.

Ajout 20070204 0036 : un nouveau billet sur les machines ES&S iVotronics en Floride chez Freedom to tinker

dimanche 19 novembre 2006

Inflation et transparence

Il y a quelques mois, je posais une question innocente sur le billet de Bernard Salanié intitulé Préservons l'indice des prix :

Je n'ai pas trouvé les relevés périodiques de prix et autres informations qui servent à l'INSEE pour calculer les indices, sont-ils disponibles ?

Plutot que de jouer au gentils économistes vs les méchant politiciens, cela me semblerait une solution simple : on compte sur le sérieux des fonctionnaires de l'INSEE sur la donnée brute, et on laisse le marché librement produire ces indices agrégés, la concurrence fera le reste.

Non ?

En facilitant la transparence cela aussi permettrai aux participants du marché du travail d'avoir plus d'information de qualité sur les différences géographiques et donc d'être plus efficace et augmenter la croissance.

Réponse de Bernard Salanié :

l'Insee ne publie pas les relevés de prix : ce serait une très forte incitation à la manipulation. Si les boulangers savaient où les relevés de référence sont faits, il leur serait facile de maintenir le prix de la baguette très bas et de paraître vertueux...et comme chacun sait, "It is not from the benevolence of the butcher, the brewer, or the baker, that we expect our dinner, but from their regard to their own interest. We address ourselves, not to their humanity but to their self-love, and never talk to them of our necessities but of their advantages." (The Wealth of Nations, Book I Chapter II)

Suite a mon insistance (voir les commentaires), Bernard Salanié écrit :

http://www.insee.fr/fr/indicateur/indic_cons/info_ipc.htm

Les statisticiens de l'Insee gardent confidentiels non seulement les relevés, mais également les 1000 variétés de leurs 200 groupes. Tous les statisticiens europeens font de meme, les americains aussi :

http://www.bls.gov/cpi/cpifaq.htm

Il y a d'excellentes raisons a cela ; qu'arrivera-t-il au prix des pains au chocolat (et notamment du pain au chocolat de M. Schmurgl a Redon) le jour ou l'Insee revelera qu'il suit ce prix---pure hypothese ? Il perdra toute credibilite et vous serez les premiers a vous plaindre que l'Insee fait n'importe quoi ! La transparence n'est pas toujours la meilleure strategie, lisez Tom Schelling :-)

Et un des commentateurs, Matthieu, rajoute :

Laurent Guerby, vous détournez sciemment ce que vous répond Bernard Salanié.

Les mesures de l'INSEE ne dépendent que très peu du prix d'un pain au chocolat :-) Il s'agit bien évidement de l'ensemble des éléments mesurés : si l'on sait de quels produits et quels endroits il s'agit, alors cette mesure sera faussée car les vendeurs "ciblés" auront un comportement non-normal.

exactement comme la polémique qu'il y avait eu au sujet du site quiestlemoinscher.com des magasins leclerc. L'impression d'opacité et de partialité venait du fait que l'on ne savait pas quels produits étaient testés, alors qu'il s'agissait d'une condition sine qua non. Cela dit, il y avait d'autres défauts. http://www.michel-edouard-leclerc.com/blog/m.e.l/archives/2006/05/_quiestlemoinsc_1.php

Donc résumons, les experts économistes français (et expatriés dans les meilleures universités USA) qui savent tout rétorquent au citoyen curieux son ignorance totale avec les arguments de l'autorité "scientifique". La routine quoi :).

Quelques mois plus tard, comme périodiquement (phénomène prédit par mon premier commentaire), les discussions sur la mesure de l'inflation repartent sur les blogs USA, je laisse mes commentaires habituels et finalement Max Sawicki dit assez honnêtement ne pas savoir pourquoi les relevés prix détaillés du Bureau of Labor Statistics (BLS) (l'équivalent INSEE aux USA pour ce domaine) ne sont pas publiés, et me conseille de demander au BLS car "c'est des gens sympas" :).

Après avoir consulté la FAQ du BLS sur le sujet de l'inflation, je contacte donc par courriel la personne référencée en précisant que je suis français vivant à Paris et pas économiste (courriel en anglais tout de même :). Réponse le lendemain matin (heure USA) par un économiste du BLS, suivi de quelques échanges supplémentaires dans la journée (7 courriels au total).

Conclusion des échanges :

  • Les enquêteurs du BLS montrent leur badge officiel au responsable du magasin avant de relever les prix. La raison étant que la loi aux USA permets aux responsables du magasin de mettre tout client dehors, et quelqu'un en train de relever les prix est une cible évidente.
  • Ils reviennent toujours prendre les prix sur les mêmes magasins périodiquement : le magasin est donc parfaitement au courant, et coopère d'ailleurs sérieusement d'après le BLS
  • Les données ne sont pas publiées car l'accord avec les responsables des magasins le prévoit, sinon pas de relevé de prix possible aux USA en l'état de la législation.

Je vous laisse comparer avec les raisons affichées par nos chers experts.

Encouragé, je tente l'expérience avec l'INSEE en demandant si par hasard ils n'ont pas les prix détaillés sur leur site, et si non pourquoi. Première réponse : non les prix détaillés ne sont pas publiés, j'insiste sur le pourquoi, la personne transmets à la division compétente qui me réponds une semaine plus tard que les prix relevés sont couverts par le secret statistique et validé par le CNIS. Après quelques recherches personnelles, je pense avoir trouvé le visa CNIS de l'enquiête prix, je demande si une décision du CNIS a été publiée, et si les données de plus de 30 ans sont rendues publiques (rendu possible par la loi).

Après un mois, pas de réponse a ma requête.

Et a ma connaissance en France on peut publier des prix relevés sans se présenter au responsable du magasin, donc les raisons USA ne sont pas valables, pas plus que les réserves méthodologiques comme on l'a vu.

En plus de déranger nos chers fonctionnaires de l'INSEE, j'ai profité du lien de Matthieu pour aller troller Michel-Edouard Leclerc sur son blog, ici :

J'avais caressé l'espoir que votre initiative sur le suivi des prix des produits rendent enfin public le détail des prix et produits et non un indice non pertinent de plus (avec discussions stériles sur l'honnêteté ou non des "résultats", impossibles à vérifier), mais malheureusement il n'y a pas eu de réponse ni en acte ni sur ce blog.

Encore un gadget "global" et inutile, un article de blog, deux articles dans les journaux ?

Bof.

Utilisez les moyens d'aujourd'hui, publiez vos données brutes, laissez la blogosphère en débattre et à chacun de se trouver son inflation et son pouvoir d'achat.

Et que parmi l'offre que le meilleur gagne vraiment (MEL ou les autres :).

Et la :

Ces polémiques inutiles sont bien sur entretenues par les différents acteurs en présence : pouvoirs publics, économistes et acteurs privés comme les centres Leclerc et les médias.

Elles passeront de stériles a constructives pour le citoyen-consommateur quand les données détaillées de prix des produits et services seront publiées à la place de tous ces indices inutiles.

Mais finalement ces trolls ont plus de succès (en toute modestie :) qu'avec les fonctionnaires car M.E.L. relance son site ce vendredi 17 novembre cette fois avec des prix détaillés, voir quiestlemoinscher.com.

Un petit script python plus loin, et voila quelques moulinettes amusantes. Le prix du panier unitaire des 30 produits les plus référencés sur les 140 magasins ou on peut le constituer vaut entre 58.96 (LECLERC NEUF CHATEAU - 88) euros et 67.20 euros (CARREFOUR GENNEVILLIERS - 92), soit +14%. 1536 produits dans 355 magasins répartis sur 86 départements, au total 414469 prix relevés entre le 2 et le 18 octobre 2006 et donc disponibles pour le public.

Bien sur les produits choisis ne sont sans doute pas innocents, c'est plutot des produits à faible prix (de 0.33 a 149.99 euros avec 94.8% des relevés en dessous de 10.00 euros, relevé médian a 2.10 euros) et ils sont tous "de marque" (sans doute dans une optique de comparaison moins "critiquable" que des produits marqués distributeur ou il faut comparer la qualité). J'espère qu'il y aura des mises à jour.

Contactez-moi si vous voulez les fichiers format tableur et/ou le script.

Tout cela ne m'éloigne finalement pas beaucoup de mes contributions initiales.

L'inflation et le niveau des prix ne sont pas les même suivant les départements, c'est une information utile. La situation du ménage influe aussi : jeune, couple avec ou sans enfants, retraités. Chaque catégorie va subir sa propre inflation. On parle souvent du cout des retraites, qu'en est-il de l'inflation subie par la population agée ? Sans doute très différente de celle "officielle" agrégée, avec des implications évidentes sur les politiques à mettre en place.

Pour être utile et accessible au citoyen, les prix détaillés doivent être rendus disponibles, en France il n'y a aucune raison pour ne pas le faire. Il y aura bien sur toujours des polémiques, mais elles ne seront plus stériles par construction et chacun pourra choisir en connaissance de cause.

Ajout 20061120 2034: an english version of this post is available at European Tribune

Ajout 20061124 1225: une variante de ce billet a été accepté pour publication sur Agoravox

Ajout 20070107 1121 : Benoit Tabaka présente le site Prix Carburant misen place par le gouvernement qui détaille les prix du carburant sur plus de 8000 stations services. Voir aussi Joël Bohrer sur le site collaboratif zagaz.com.

lundi 23 octobre 2006

Saint-Germain-sur-Morin

Olivier Berger mentionne sur son blog sa visite à Saint-Germain-sur-Morin (article wikipedia), je cite son compte-rendu :

[...] Je suis épaté par tout ce que les militants du libre, et de simples citoyens soucieux de doter leur commune d'un équipement en NTIC, ont pu y accomplir. La commune n'est pas riche, et pas particulièrement moderne à première vue, dans un environnement rural, un peu loin des communes riches du Val d'Europe... et c'est justement dans cet environnement où l'argent ne coulait pas à flot, mais où les bonnes volontés et l'intelligence ne manquaient pas, que le libre a pu se diffuser largement auprès de la population.

De nombreux logiciels libres sont utilisés quotidiennement, notamment dans les services municipaux, et bien évidamment, dans l'association @rrobe et son EPN : Koha pour la bibliothèque, Scribus pour la PAO du journal municipal, SPIP pour les sites internet, Abuledu pour l'école, et ils diffusent un CD de logiciels libres pour Windows... [...]

L'initiative de distribuer des PCs reconditionnés est comme on aimerait en voir plus souvent. Le site de la ville à des comptes-rendus de conseil municipaux, les appels d'offres, les budgets, les arrêtés municipaux et les manifestations, bref normal mais pas si courant que cela. Dans ma mairie les publications des comptes-rendus se sont arrêtées en juillet 2004 ...

On parle beaucoup des nouvelles technologies, or il est maintenant possible de distribuer l'ensemble des productions légales de toutes les collectivités vers (presque) tous les citoyens à un cout nul vu que les documents maintenant sont électroniques à la source.

Faudra-t'il une loi pour que cela rentre en pratique ? Peut-être un petit peu de moyens pour les communes les plus isolées : par exemple un site par région ou par département près a recevoir les CDs des documents des petites mairies et à mettre en ligne

Un bon sujet de campagne, mais j'ai bien peur qu'on en parle pas.

Qu'en pensez-vous ?

Ajout 20061023 2126: une proposition de jurys populaires sur Désir d'avenir, et une série de réactions

Ma réaction (message non encore modéré) : avant de faire des jurys et pour les rendre plus efficace il faut d'abord que les représentants publient sur internet et en continu tous les documents nécessaires.

Ajout 20061024 2022 : modéré ici, à noter Pierre L. et la

Ajout 20061024 2101  : très bon résumé de Luc_DK :

Cela vaut le coup d'essayer par luc_DK le 24/10/06

C'est incroyable, la première réaction des gens c'est d'être sceptique. Mais les jurys de citoyens ne sont pas des jurys du peuple qui envoient les gens à la guillotine. Un jury de citoyens comme on les utilise dans d'autres pays europeens, c'est un moyen de concertation complémentaire lorsqu'un instutitut, un Conseil ou des politiciens ont besoin de connaître l'opinion des citoyens à un moment donné. C'est un moyen bien plus efficace qu'un sondage d'opinion où les gens sont questionnés au moment qui les dérange le plus. Le jury est un groupe de citoyens tirés au sort mais représentatif de la population qui se réunit, écoute l'opinion de ceux qui veulent une réponse ainsi que de certains experts. Il y a une discussion approfondie et le résultat n'est pas nécessairement une décision ou un choix. Le jury peut tout aussi bien indiquer plusieurs voies de solutions sans les départager. Au Danemark, par exemple, le Conseil Technologique utilise la méthode avant d'introduire de nouvelles technologies. Au lieu de se contenter de l'opinion d'experts, on fait participer des citoyens à un débat. Le Parlement pourrait utiliser la méthode avant de proposer un projet de loi critique, cela permettrait d'ajuster un projet pour qu'il soit mieux adapté a la situation réelle du moment. On peut aussi faire participer des représentants d'associations d'intéressés. Dans des questions difficiles, comme par exemple l'introduction de la culture génétique, il est important d'entendre la réaction des citoyens, quitte ensuite à faire un effort d'information pour que les nouveautés soient mieux comprises. De toute façon ce ne sont pas les jurys de citoyens qui ont le dernier mot, ce sont les élus ou les responsables. Les jurys de citoyens n'enlèvent rien à la démocratie, ils sont tout simplement un instrument de consultation à la disposition des décideurs.

Référence (en danois) (si quelqu'un à une traduction ou d'autres liens je suis preneur)

Ajout 20061026 1033 : voir chez BeM pour des comportements que la transparence électronique permettrai de réduire.

Ajout 20061029 0903 : un rapprochement entre Friedrich Hayek et Ségolène Royal sur le plan de la libéralité chez econoclaste, extraits :

[...] Pouvoir accru des technocrates qui pourraient "manipuler" les membres naïfs des jurys? mais cela leur ferait un obstacle de plus à franchir, puisqu'aujourd'hui, ils peuvent se limiter à convaincre les députés (qui sont souvent eux-mêmes des technocrates).

[...] Il faut noter pourtant qu'en l'espèce, Ségolène Royal touche au coeur de la question de la démocratie, et que sa proposition, qui met le hasard au coeur du contrôle de l'exercice du pouvoir, se place dans une tradition philosophique éminemment respectable, visant à trouver l'équilibre entre hasard et choix dans la sélection des dirigeants. Et comme le disait Montesquieu, Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie. Le sort est une façon d'élire qui n'afflige personne; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie.

Ajout 20061029 0947 : Voir chez Hugues le ségoliste de service

Ajout 20061107 1913 : Voir chez l'économiste

Ajout 20061119 1024 : Deux billets interessants chez Telos ici et la

mardi 19 septembre 2006

Qui paye l'impot ?

cactus fait un petit calcul : la corrélation dans le temps entre le budget relatif de l'IRS, c'est à dire le ministère des finances actuellement en France, et les parts des revenus des impôts suivant leur distribution (le 1% de ceux qui payent le plus, 1 a 5%, ...) et ce de 1985 a 2003.

Les résultats sont surprenants, avec un jeu de paramètre il trouve :

Top 1%       +0.82
1% to 5%     +0.82
5% to 10%    -0.73
10% to 25%   -0.91
25% to 50%   -0.92
Bottom 50%   -0.97

Petit rappel : la corrélation est un nombre entre -1 et 1 qui mesure la tendance de deux grandeurs à bouger dans le même sens, a 1 (100%) les deux grandeurs bougent exactement de concert, à 0.9 (90%) c'est presque pareil, a 0 et assez largement autour de zéro en pratique les deux grandeurs n'ont pas de relation évidente, et avec un signe moins c'est des tendances de plus en plus opposées jusqu'à -1 (-100%) ou les grandeurs ont des variations parfaitement opposées.

Bref, plus l'administration augmente le budget dédié aux collecteurs d'impots et plus se sont les riches qui payent relativement aux autres, et donc que plus l'administration Bush diminue relativement le budget des collecteurs d'impots moins les riches payent.

Le calcul est bien sur un peu simpliste (cactus défends ses choix dans les commentaires), mais c'est plutot frappant.

Si l'on en croit un communiqué de presse (PDF) du SNUI, la fraude fiscale (particulier et entreprises) représenterait en France 45 a 50 milliards d'euros par an, soit l'intégralité du déficit du budget de l'état (bien sur le SNUI prêche pour sa propre paroisse ici).

Pour illustration, rien qu'un seul type de fraude à la TVA coute quelques millards d'euros par an chez les UK, sans doute autant en France et des dizaine de millards à l'echelle de l'Europe.

La blogosphère économique, comme d'habitude :), se crèpe le chignon sur la millionième variation des allégements de charge, mais il ne faut pas oublier que si on cherche des moyens pour l'état, investir dans les moyens humains de recherche des fraudeurs du fisc est sans doute l'action la plus productive économiquement que le gouvernment puisse faire, et elle est de plus sans aucun doute porteuse d'une plus grande justice sociale - pour une fois que cela va dans le même sens - : le montant non payé par les fraudeurs étant payé par les honnêtes citoyens et leurs enfants pour la dette au dela d'une certaine limite.

La deuxième mesure la plus productive que peut décider le gouvernement est de véritablement simplifier le code des impots, c'est à dire non pas diminuer le nombre de tranche ni baisser les tranches les plus hautes par des moyens détournés, changements qui ne simplifient rien du tout à part dans le discours des idéologues et médias (qui prennent vraiment leurs auditeurs pour des abrutis sur ce sujet...), mais enlever les centaines (ou milliers) de niches fiscales qui elles complexifient vraiment le calcul de l'impot, rendent donc couteuses les vérifications et sont encore une fois injustes socialement car elles ne bénéficient pour la plupart qu'à de richissimes particuliers (tant qu'on reste dans les parties raisonnable de la courbe de Laffer bien sur). Celles qui sont utiles peuvent être remplacées par des versements directs qui ont l'avantage de la clarté et de bénéficier aux non-imposables qui en ont besoin.

Pour se convaincre de l'effet et du nombre de personne limité qui bénéficie des niches fiscales, un petit tour sur la déclaration agrégée en montant et en nombre est toujours instructif.

Et la troisième mesure est d'être un peu plus aggressif sur les prix de transfert utilisés par les entreprises entre leur différentes filiales, ça rapporte gros dans le dernier cas de ce genre par l'IRS et encore un peu plus de justice. HP, Dell, Microsoft ne font des bénéfices dans aucun pays d'Europe sauf en ... Irlande, surprenant ?

Avec une augmentation de la transparence sur laquelle je reviendrai, c'est pour moi ce qui devrait être tout en haut des programmes politiques et des actions du gouvernement. Le reste est moins important économiquement.

Qu'en pensez-vous ?

Ajout 20060926 0004 : un second billet de cactus sur le sujet, cette fois avec des précisions par type d'impôt

mardi 18 avril 2006

Where's my billion?

L'Oncle Sam cherche ses sous, et il les trouve dans notre cher paradis fiscal : l'Irlande, je cite :

The U.S. Internal Revenue Service has hit Symantec Corp. with a $1 billion tax bill for allegedly under-reporting the value of intellectual property that the software vendor transferred to two Irish subsidiaries. [...]

C'est bien sur la fléxibilité du marché du travail en Irlande qui est la seule et unique cause de performances économiques bien meilleures que celles des pauvres gaulois attardés. Mais passons. Notons aussi qu'aucun pays de notre chère Europe n'oserait s'attaquer à de la fraude fiscale de cette ampleur, avec propriété intellectuelle et tout.

Jerome a Paris titre We win, we win! sur le sujet, et un commentateur donne le nom d'un professeur de comptabilité spécialiste du sujet : Prem Sikka. Cet universitaure publie régulièrement des articles qui n'ont visiblement pas l'écho qu'ils méritent :

Des articles qui citent Prem Sikka :

Et bien sur ce cher monsieur a été très directement menacé, cf Prem Sikka blows whistle on accountancy.

Voir aussi le site du Tax Justice Network qui a plein de documents intéressants. Et lire les écrits des juges français qui ont une vision bien pessimiste de l'avenir :

[...] Cela dit, ce n'est pas cela qui va permettre de régler les problèmes créés par la libéralisation financière. N'importe quelle fiduciaire à Genève peut vous créer dans la journée dix sociétés panaméennes clefs en main. Puis, avec ces dix sociétés offshore, vous allez faire tourner votre argent autour de la planète en l'espace de vingt-quatre heures. La justice est complètement désarmée face à ce genre de pratique. Pour chaque compte, il faudra une commission rogatoire internationale, une demande officielle.

[...] Il n'y a pas de volonté politique de contrôler réellement ce qui se passe et d'assurer la transparence judiciaire sur cette planète. L'opacité et la tricherie l'emportent sur la régularité. On envahit l'Afghanistan mais on est incapable de retrouver l'argent d'Al Qaida. Les intérêts économiques l'ont emporté sur l'air de "surtout ne tuez pas la poule aux oeufs d'or".

Mais il est bien sur urgent de fléxibiliser le marché des SMICards et de pleurer sur les déficits publics des états plutot que de chercher leur véritable et indéniable cause : le laxisme coupable envers l'évasion fiscale des grandes entreprises et des criminels.

Ajout 20060419 2155 Brad Setser mentionne aussi l'Irlande dans son billet du jour

samedi 4 février 2006

Cotisations et charges

Vu sur le blog d'Econoclaste, quelques informations manifestement erronées :

On notera que les cotisations sociales employeur n'apparaissent pas sur les bulletins de paie des salariés en France (Michelin s'y était essayé, en indiquant le coût total d'un employé sur ses feuilles de paie, et cela a été interdit par les tribunaux)

Michelin a certes été condamné pour avoir délivré des bulletins de paie non conforme au droit du travail, mais certainement pas pour avoir simplement mentionné les charges patronales. J'ai eu trois employeurs français depuis mon entrée sur le marché du travail en 1998 et les cotisations patronales sont clairement présentes sur tous mes bulletins de paie. Mon employeur actuel m'envoie même en plus un récapitulatif annuel des charges patronales, sans mention des charges salariales.

On voit aussi que la distinction "part salariale" et "part employeur" est dépourvue de tout sens.

Dans le système français, le brut fiscal incluant la part salariale mais pas la part employeur sert de base pour certains calculs fiscaux, il y a donc un effet. Ensuite, si on parle de transparence pour le salarié, ce qui est désirable, il faudrait mentionner la taxe professionnelle et quelques autres taxes et cotisations (CE) qui sont je crois au moins partiellement assises sur la "masse salariale". Et pour être complet, mentionner la part de subvention étatique (donc des autres contribuables) lorsque des avantages sont donnés (baisse de charge, zones franches, etc...).

La transparence est louable, je suis un grand partisan, mais elle est un tout.

ce sont les salariés qui supportent les conséquences de la taxe

De manière générale pour tout changement de fiscalité, cela dépends si l'employeur va accepter ou pas une diminution de ses marges et donc des profits qui sont destinés aux gestionnaires et actionnaires, ce point étant abordé dans le reste du billet mais de manière volontairement simplifiée. Rien n'est simple pourtant en pratique, voir par exemple cette étude de la banque de France sur l'expérience naturelle du passage de 18.6 a 20.6 puis a 19.6 de la TVA (PDF), ou un article plus abordable du journal l'expansion.

La fiscalité, les cotisations libres et obligatoires sont un vaste sujet. Même si cette réforme proposée est au final de peu d'effet, si le taux de changement n'est pas excessif, après tout elle fournit au moins un expérience naturelle de plus aux économistes à posteriori.

Hors du problème d'une répartition optimale des prélèvements obligatoires il ne faut pas oublier qu'en face de ses prélèvements il y a en aval un usage, un service rendu, qu'un débat public de qualité sur l'évaluation de ce service, en d'autres termes de la qualité des politiques menées, m'apparait comme étant bien plus important (et plus abordable). Ce débat me semble malheureusement occulté - ou même confisqué - par des discussions de détails techniques sur les changements de fiscalité en amont.